Au pays des Cafeteros

« La vie n’est pas ce que l’on a vécu, mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient » – Gabriel Garcia Marquez

La Colombie. Comme une promesse de nouvelles aventures. Dans la bouche de tous les voyageurs croisés au fil de ces 5 mois passés sur les routes, remontant vers le nord alors que nous descendons vers le Sud, un seul pays revenait sans cesse. La Colombie. Pour la beauté et le contraste de ses paysages, la gentillesse et la disponibilité de sa population, la Colombie est largement plébiscitée par les voyageurs l’ayant visitée. Il est d’ailleurs incroyable de constater le contraste de sentiment que ce pays engendre, entre celles et ceux qui en ont un à priori, ô combien compréhensible au regard de son histoire récente (et moins récente), et celles et ceux qui l’ont parcouru en sac à dos, en camion aménagé ou en motos. Certes, nous n’oublions pas que ce pays est encore en conflit armé, que la violence y est réelle et que la prudence est de mise quand on le parcourt mais à l’instar des pays d’Amérique Centrale, les questions d’insécurité y sont largement exagérées (exception faite d’une partie du Mexique).
C’est donc avec une certaine impatience que nous posons les pieds à Cartagena, l’un des principaux pôles touristiques du pays.

Notre première nuit sur la terre ferme ne nous a pas permis de récupérer des heures de sommeil perdues à tanguer sur le StahlRatte, en cause un dortoir somme toute sommaire, une chaleur accablante et un ventilateur vrombissant tel un moteur d’avion. Et puis, un réveil à 6 heures du matin pour aller chercher les motos restées sur le bateau couplé à une première soirée à découvrir l’ambiance des rues de Cartagena, ça vous assomme un baroudeur pourtant aguerri aux courtes nuits. Le programme de la matinée est minuté. Notre bateau n’étant pas autorisé à transporter des véhicules, c’est à 6h30 pétantes que nous commençons à décharger les motos avec comme consigne stricte, une fois les deux roues sur le sol colombien, de foncer vers le bureau des douanes sans se prendre un bus, un taxi ou un piéton et en évitant la marée-chaussée.
Mission accomplie pour les 8 baroudeurs, avec une légère anicroche pour notre cher Jesse, qui finit le chemin en poussant sa KLR, la faute à un problème d’arrivée d’essence. Heureusement pour lui, l’attente à la douane lui permettra de remettre d’aplomb son fidèle destrier!

Le Débarquement de Novembre 2014


C’est à 14h30 que nous remettons les pieds à l’hôtel, le permis en poche et la moto dans un parking sécurisé. Une boisson houblonnée et bien fraîche nous remet d’aplomb et c’est avec entrain que Gary l’irlandais, Jesse le canadien et vos deux serviteurs partent arpenter les rues de la vieille ville de Cartagena. Grouillant de vie et caché derrière ses remparts, le quartier historique de Cartagena de Indias aurait mérité plus qu’une petite balade en fin de journée mais nous avons tout de même le temps d’y admirer églises, places, palais et hôtels particuliers dotés de balcons et de patios ombragés. Certains nous avait également glissé à l’oreille que les colombiennes étaient les plus jolies filles du continent… Loin d’avoir fait le tour de la question, il semblerait tout de même qu’il existe un certain fossé, ou plutôt un isthme, séparant l’Amérique Centrale de la Colombie. Mais pas le temps de pavoiser ou de jouer les jolis coeurs pour les 4 baroudeurs, il est temps de reprendre la route, la mer c’est bien mais c’est dégueulasse comme disait l’autre.

Cartagena de Indias










Après 1 mois en compagnie de Jesse, il est temps de se dire au revoir. Nos plannings diffèrent et c’est non sans un certain émoi que nous nous promettons de nous revoir, au Canada, en France ou ailleurs, mais le cul sur une motocyclette assurément! Gary et Jesse font route ensemble, direction le sud vers Medellin.

Nous prenons la direction Nord-Est et longeons les Caraïbes avec comme objectif de rejoindre Palomino, petit village en bord de mer, aux pieds de l’impressionnante Sierra Nevada de Santa Marta, tout simplement la plus haute chaîne côtière du monde avec comme sentinelle le pic Cristóbal Colón culminant à 5.776 mètres, éloigné d’à peine 48 kms du littoral. Nous n’avons malheureusement pas le plaisir d’en admirer les neiges accrochées à son sommet, les nuages accrochés à son flanc nous en empêchent mais cette étape est une sacrée illustration des contrastes géographiques qui nous attendent en Colombie.

Contraste sociologique également lorsqu’à peine sortis de Cartagena, la route longe la plage avec deux mondes qui se font face. A gauche, d’impressionnants hôtels flambants neufs attendent le touriste fortuné et à droite, des cabanes en bois qui tiennent à peine debout.

Et la faune alors? Rien qui diffère réellement de ce que nous avons vécu depuis le Mexique. Les vautours Urubu sont toujours là, à planer au-dessus des décharges à ciel ouvert ou à se bousculer pour les restes d’un chien errant ayant fini sa misérable existence contre un pare-choc et les hérons garde-boeufs débarrassent les bovins de leurs tiques et mouches. Les papillons en revanche, sont beaucoup plus nombreux que sur les routes d’Amérique Centrale. Ça virevoltent, ça papillonnent (plutôt normal pour des papillons), ça se lutine, ça s’aime en se riant de l’apesanteur… et ça vient s’écraser lamentablement sur la visière de nos casques. La vie est mal faite.

Après avoir traversé la région marécageuse de la Ciénaga Grande de Santa Marta, nous apercevons enfin les premiers reliefs de la Sierra Nevada de Santa Marta. Nous voilà posés pour un dernier soir à contempler une dernière fois le soleil se coucher sur la mer des Caraïbes et nous profitons une dernière fois de la chaleur du littoral sous la tente que nous n’avions plus ouverte depuis les Etats-Unis. Les choses sont bien faites parfois, alors afin de ne pas nous faire regretter de quitter la côte, nous passons une mauvaise nuit. Les voisins ont décidé de faire la fête jusqu’à 5 heures du matin, le matelas lui, de se dégonfler toutes les deux heures, et les moustiques, quant à eux, sont si petits qu’une moustiquaire n’est qu’un vulgaire grillage. Et puis ces petits lascars, ils ne vous piquent eux… ils vous arrachent la peau!
Nous sommes donc au petit matin légèrement éreintés, transpirant à grosse goutte sous la chaleur déjà pesante et c’est avec un enthousiasme non dissimulé que nous reprenons la route direction le sud, les montagnes et la fraîcheur!

Les contre-forts de la Sierra Nevada de Santa-Marta

Aux alentours de Baranquilla


Le littoral Nord-Est

Nous contournons la Sierra de Santa Marta par l’Est avant de redescendre vers le sud en longeant la Sierra de Perijà, frontière naturelle avec le Venezuela. La route est sympathique mais nous sommes réellement pollués par le nombre impressionnant de camions qui rendent parfois périlleux certains dépassements et qui nous laissent dans un brouhaha constant dès qu’on s’arrête en bord de route, il faut dire que nous sommes sur l’axe principal Cartagena-Bogota, on l’a bien cherché! Néanmoins, nous ne savons toujours pas si ce bruit incessant a rendu sourd les colombiens ou peut-être est-ce leur amour inconditionnel pour la musique mais prendre une bière entre potes avec un mur d’enceintes et le son poussé à fond, à 1 mètre de la table, semble être une activité quotidienne et plaisante pour bon nombre d’entre eux. On se demande encore comment il est possible d’avoir une discussion cohérente voire même de vivre avec un acouphène continuel. On aura quand même bien ri, surtout quand, persuadés d’avoir trouvé un restaurant sympathique sans musique à vous démonter les esgourdes, on a vu débarqué une Renault 9 (!) avec en guise de coffre, une discothèque à ciel ouvert…



Rencontre près d’une enceinte


Après une longue journée à croiser, frontière vénézuélienne et FARC dans le coin oblige, des barrages militaires tous les 10 kms, nous nous arrêtons dans un petit hôtel pour routier où les petites-filles du propriétaire, Cylia, 8 ans et Kelly, 17 ans, nous donnent quelques cours d’espagnol en échange de quelques photos d’elles sur la BMW de Chris. La pluie tombe drue mais il fait encore chaud, et nous ne boudons pas notre plaisir de dormir dans un bon lit avec l’air conditionné.

Cylia, des rêves plein la tête

Le lendemain, nous poursuivons notre route vers le sud et grimpons dans la Sierra Orientale de Colombie. Ici commence enfin notre voyage dans la Cordillère des Andes, qui durera jusqu’à l’extrême sud du continent, et le spectacle est au rendez-vous. Les vallées sont profondes et les montagnes verdoyantes sont gigantesques. La zone des Andes en Colombie restent la région la plus peuplée du territoire et, hormis sur les plus hautes crêtes, la forêt a souvent laissé sa place aux pâturages et cultures.

Les flics en V-Strom!!


Après avoir traversé la ville de Bucaramanga, nous arrivons dans le majestueux canyon de Chicamocha. La route longe le río du même nom avant de grimper dans les hauteurs. La vue est à couper le souffle mais les arrêts sont rendus difficiles par la circulation incessante des énormes poids-lourds qui nous accompagnent depuis Cartagena. On passe d’ailleurs la soirée vers San Gil, en compagnie de trois routiers amateurs de bières et de blagues vaseuses mais avides de connaître notre histoire. Nous sommes bons pour boire encore plus que de raison, heureusement la bière est aussi légère que les blagues de nos 3 camarades sont lourdes.

Canyon de Chicamocha




Avant de rallier Bogota, nous souhaitons passer par Villa de Leyva. Perchée à 2.100 mètres d’altitude, Villa de Leyva est une petite ville d’architecture coloniale fréquenté le week-end par beaucoup d’habitants de Bogota pour ses températures agréables en journée et ses restaurants réputés. Pour s’y rendre, nous sortons enfin de la route principale et de son flots de camions. Quel bonheur de pouvoir s’arrêter sans crainte, contempler quelques instants les montagnes et sentir autre chose que les gaz d’échappement!

Entrer dans Villa de Leyva, c’est faire un bond en arrière. Ses rues pavés, ses maisons blanches et ses patios fleuris créent une atmosphère surannée. Climat mis à part, on pourrait se croire dans les rues d’un petit village andalou. Adossée aux montagnes du Boyacá, la place du village, à elle-seule, mérite le détour. Avec ces 14.000 m2, c’est une des plus grandes places d’Amérique Latine. Nous profitons de cette étape pour aller nous réchauffer en mangeant un Ajiaco, soupe de pommes de terre, avec morceaux de poulet et maïs, un véritable délice. Nous réchauffer? Eh bien oui. La fraîcheur tant espérée est là depuis maintenant deux jours, les journées alternent de belles éclaircies et de plus ou moins longues ondées, et le mercure ne dépassent pas les 10 degrés la nuit. Cela reste franchement clément mais nous avions perdu l’habitude de sortir pantalon et pull depuis notre départ de Mexico City!

Géométrie électrique

Les joies des routes secondaires. Nous, on adore!


Petit village de San Sofia

Des Catrels, des Renault 9… on aime ça!

Celui-là, on est contents qu’il n’ait pas fini sur notre visière

Vue depuis l’auberge de jeunesse à Villa de Leyva

Villa de Leyva

La place centrale


Fin de journée


Il est temps de repartir vers Bogota. Nos motos nécessitent une bonne révision et Tibo y a un rendez-vous galant (ou vice-versa). Sa mini-baroudeuse traverse l’Atlantique et on dirait un gosse la veille de Noël! Pour se rendre à Bogota, qui étale ses 9 millions d’habitants à 2.650 mètres d’altitude, nous passons par des cols à 3.000 mètres d’altitude, traversons de grands plateaux où il flotte comme un parfum de Suisse normande: ici, le climat change constamment, on y produit du lait et du fromage et des vaches à tâches noires paissent dans de verts bocages.

D’ici à trouver un point commun entre Bogota et Caen, on a quelques doutes. On en reparle dans quelques jours?




Bookmarquez le permalien.

5 Comments

  1. Kimito, le roi de la blagouse

    Salut les mectons!

    Vous pouvez me ramener de la spéciale colombienne?

  2. Je ne connaissais aucun des pays traversés, mais p… qu’est ce que ça fait envie. Si j’avais 20 ans de moins, tiens même 10… Merci, merci les gars.

  3. Superbe Colombie!
    Si vous descendez vers Cali arrêtez vous à côté de Pereira à Salento.
    Super village et belles randos dans la vallée del Cocora.
    Et du bon café…ça vous changera des boissons houblonnées!

  4. Et allez! ça continue! ça se fait plaise en Colombie maintenant!! et vas y que ça retrouve ça chérie! Bisous les coquinous!Merci encore pour les récits … et pour la boisson houblonnée… oh elle est dans mon top 5 celle la! Re des bises les copains . on pense à vous!

  5. Bon vous êtes enfin dans le seul pays d’Amerique latine que je connaisse… Paysages somptueux et énorme Bogota….. Découvrez ses sites typiques et goûtez la bandeja païsa…. Mmm…. Hasta luego

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>