Comic Strip au Pérou

Bonnes ou mauvaises, les surprises qui jalonnent un voyage tel que celui que nous sommes en train de vivre, sont, à n’en pas douter, les histoires que nous raconterons encore lorsque le temps aura creusé nos rides, à celles et ceux qui voudront bien nous entendre radoter.
Assis sur une rocking chair, devant un parterre de petits-enfants amusés ou médusés, et sous le regard bienveillant des plus grands qui auront déjà entendu Pépé maintes fois raconter les mêmes histoires, nous revivrons nos aventures, nos Comic Strips à nous, comme si c’était hier, mimant, grondant, exagérant, à coup de « potato, potato, potato », « paf! », « klong! », « pschhh…», afin, encore une fois, de ressentir l’adrénaline, les joies et les colères intenses de notre Big Baroude.
Rassurez-vous, nous ne raconterons pas tout. Il y a tout de même des choses que nous tairons, des événements que La Big Baroude gardera dans son petit jardin secret, comme par exemple, le fait que Tibo ne puisse être capable de garder un clignotant droit en état au-delà de 3 jours. Non, ça, on ne le dira pas… il y a des limites.
Bien sûr, le nom des villages traversés et des personnes rencontrées s’effaceront doucement de notre mémoire, les paysages seront parfois de lointains souvenirs et nous serons forcés de nous référer à nos archives (blogs et photos) pour tenter de nous en souvenir, mais les surprises… c’est autre chose.

Et ainsi que nous vous l’avons suggéré lors du précédent article, cette semaine, des surprises, des « paf! », « klong! », « pschhh…», il y en a eu! La présence du premier des baroudeurs à nos côtés a-t-elle joué sur les événements de ces quelques jours? Nous n’en savons rien mais nous qui souhaitions lui en faire voir…

Nous quittons donc Nazca et ses improbables et gigantesques dessins dans le désert pour nous rendre à Arequipa. Nous rejoignons une dernière fois la côte Pacifique du Pérou. Aride et inhospitalière, mais belle et surprenante, elle se transforme parfois en oasis lorsque débouchent, dans de profonds canyons,
de larges cours d’eau venus des montagnes arrosées plus à l’est.
Puis, nous bifurquons vers Arequipa et prenons rapidement de l’altitude. Sur les hauteurs, nous entrons dans un épais brouillard formé par la fraîcheur du Pacifique et nous en sortons quelques kilomètres plus loin dans un saisissant paysage de montagnes arides et de hauts-plateaux désertiques. A l’approche de la ville, se dessinent enfin les deux volcans qui surplombent Arequipa, le Misti (5.800m) avec sa forme conique si particulière et le Chachani (6.075m).

















Arequipa est une étape incontournable pour qui visite le Pérou. La cité blanche offre un centre ville de toute beauté. Eglises, couvents, monastères, patios, le tout construit en pierres de taille, blanches, venues des montagnes alentours. Un climat ensoleillé et une magnifique région, il n’en faut pas moins pour attirer les touristes. D’ici partent les excursions pour gravir le Chachani et le Misti, mais également les visites pour le Canyon de Colca, deuxième plus profond canyon du monde avec 3.200 mètres de profondeur et connu pour pouvoir y observer le Condor des Andes. A choisir entre crapahuter à plus de 5.000 mètres d’altitude ou barouder en motocyclette dans le canyon de Colca, notre choix est tout vu, vous vous en doutez non?

De bon matin, nous voilà fin prêts à nous faire une petite boucle pour aller dire coucou aux condors. Sur la carte, il y a 3 options pour atteindre le Canyon de Colca. Une route passe entre les deux volcans et nous promet de bons moments et de magnifiques paysages. On valide! Une heure plus tard, nous rebroussons chemin. Après quelques kilomètres d’ascension dans ce qu’ici, les gens appellent « trocha », une route non bitumée, Tibo pose son veto. Le chemin est vraiment mauvais et la V-Strom n’y est pas vraiment à son aise…. Tibo non plus d’ailleurs. La journée est bien entamée, nous choisissons donc une autre option, la plus à l’ouest, celle qui nous semble la plus rapide. Nous connaissons une partie du chemin pour y être passés la veille et la toponymie du terrain nous semble être plus accessible. A 14 heures, on quitte la route connue et prenons la direction du Canyon. un chemin de poussière rectiligne nous fait face. Pas de problème jusqu’à ce qu’il se transforme assez rapidement en tôle ondulée. Alors la tôle ondulée, pour faire simple, ça vous casse les articulations, ça fait « schkling beling schkling beling » et ça vous donne l’impression que vous perdez des pièces de votre moto à chaque instant… on tient 10 minutes. Une pause le temps d’aller tester le chemin cul nu et en chaussettes, technique ancestral du baroudeur, puis de voir arriver un vieux monsieur, brinquebalant dans son trois-roues motorisé dans un bruit de ferraille. « Claro que si que c’est la route pour le canyon », qu’il nous dit, « Et claro que si que ça fait schkling beling schkling beling pendant 80 km! ». Ah… Peine perdue pour aujourd’hui, nous n’aurons jamais le temps de faire l’aller-retour, d’autant plus que quelque chose manque à l’appel. La plaque d’immatriculation de Tibo n’a pas supporté les vibrations de la journée et s’est faite la malle. L’impression de perdre des pièces n’était donc pas qu’une impression… Nous aurons beau faire le chemin en sens inverse, nous ne la retrouverons pas.

Le Chachani

Le Misti

La vieille technique du baroudeur


Arequipa

En s’y penchant un peu, chose que nous aurions du faire avant, il se trouve que la troisième option était la bonne, celle empruntée par tous les visiteurs du Canyon de Colca. La plus simple manière d’aller au Canyon mais aussi la plus prestigieuse car la route passe par un col à 4.900 mètres d’altitude. Nous quittons donc Arequipa le lendemain matin, direction Chivay, au pied du canyon de Colca. La route se révèle au-delà de nos attentes. Nous longeons le massif de l’Ausangate puis entamons la montée du col qui nous amène à plus de 4.900 mètres d’altitude. Nous croisons enfin, dans les gigantesques altiplanos que nous parcourons, les troupeaux d’alpagas et de lamas tant attendus, à l’aise dans ces hauteurs balayés par des vents frais et couverts d’une végétation maigre mais suffisante pour ces animaux extraordinaires. Parfois, au milieu du troupeau, assis dans l’herbe, une bergère et sa fille, emmitouflées dans leur poncho coloré et coiffées de leur chapeau traditionnel, surveillent le troupeau, tricotant écharpes, gants ou bonnets et mâchant les feuilles de coca leur permettant de tenir dans la fraîcheur et l’altitude des montagnes andines.

A 4.900 mètres d’altitude, le panorama est à couper le souffle. Plus de 5 volcans sont visibles et le temps, bien que frais, nous permet d’en admirer la beauté. Quelques femmes indigènes y tiennent un stand d’habits fait main, l’occasion pour nous d’y acheter un pull en Alpaga qui nous réchauffera le corps et de le marchander avec le sourire, nous réchauffant le coeur. Nous redescendons à Chivay et réservons une chambre d’hôtel rapidement afin d’aller visiter le canyon dans l’après-midi mais sur les conseils de la propriétaire des lieux, nous remettons au lendemain la visite, les condors, timides et matinaux, ne se montrant qu’entre 5 et 8 heures du matin.

Vue de notre hôtel à Arequipa – La Chachani à gauche, le Misti à droite













Coucher de soleil à Chivay

Réveil à 5 heures 30 du matin, nous prenons la route pour le canyon qui se transforme vite en chemin de terre mais qui reste aisément praticable. C’était sans compter ces fameuses surprises qui jalonnent une baroude… L’entrée du canyon est payante (70 soles par personne tout de même) mais nous n’avons que quelques soles en poche, la faute à un distributeur récalcitrant et à notre ignorance absolue sur les frais que nécessitent la visite. A la manière du chat de Shrek, nous faisons les yeux doux et couplé à la gentillesse des gardien(ne)s nous entrons gratuitement dans le canyon. Mais à quelques centaines de mètres du « mirador del condor », un clou vient se fourrer dans le pneu de Chris et c’est sur la jante que Chris finit les derniers mètres qui le séparent du parking. Nous remettons à plus tard la réparation, le temps d’aller voir les condors, qui ne se montrent malheureusement pas mais nous admirons le panorama qui à lui seul vaut le déplacement. Neuf heures du matin… Et malgré la discussion intéressante que nous venons d’entamer avec un baroudeur venu d’Alaska dans son camion emménagé, il est temps de se mettre à la réparation du pneu. Pneu qui, une heure plus tard, a raison de notre patience et de notre compétence. Il nous faut revenir au village pour y trouver un mécanicien. Manu et Tibo descendent au village et reviennent deux heures plus tard, le pneu réparé, auprès de Chris, qui attendait sagement dans le silence du canyon. Et comme si cela ne suffisait pas, en redescendant, la roue arrière de Chris, toujours elle, tangue dangereusement. Il faut se rendre à l’évidence, en plus d’être voilée suite à un choc violent dû à un nid de poule, les roulements, déjà fatigués, viennent de lâcher. Nous retournons chez le mécano de Chivay et trouvons, ô miracle de ces petits pays, les roulements souhaités. Impossible par contre d’arranger la roue voilée. On remet cela à plus tard, d’après le mécano, nous n’avons aucune raison de nous inquiéter. Il est 18 heures quand nous retournons dans le même hôtel que la nuit précédente, fatigués et brulés par le soleil, mais heureux d’en avoir fini. A priori…

Chivay, 6 heures du mat’

Canyon de Colca












Direction Puno, au bord du lac Titicaca. Les histoires de Titicaca, nous on aime ça. Depuis tout petit. Avant de devenir une étape incontournable de notre voyage, n’oublions pas que les miracles linguistiques ont fait que ce lac, outre le fait d’être le plus haut (grand) lac du monde perché à 3.800 mètres d’altitude, est le lac le plus connu de tous les chérubins français et qu’il a fait rire plus d’un gamin en âge du caca-prout. A quel âge c’est censé se terminer d’ailleurs? Bon en fait, renseignement pris, ça se prononce « Titirara »… c’est vachement moins drôle du coup.

Puno donc. Point de départ des voyageurs qui souhaitent aller visiter les îles Amantani et Taquile, où découvrir le peuple Ujos qui vit sur des îles flottantes, faites d’une plante appelée « Totoja ». Nous n’allons pas prendre le temps d’en faire la visite et Puno s’avère rapidement, trop grand, trop sale. Il nous faut autre chose. Sur la carte, à quelques 60 kilomètres plus au nord, une presqu’île attire notre attention et il semble que nous pouvons y trouver de quoi dormir. Pas si évident que ça une fois là-bas mais nous trouvons après quelques temps passés sur un chemin de terre, une petite hospedaje avec vue sur le lac. Nous sommes reçus chaleureusement et avec une dose d’étonnement par Teodora, sa fille Maritsa, son fils Ever et son petit-fils Benjamin. Nous avons droit à un magnifique coucher de soleil et la tranquillité que nous étions venus chercher. Une belle surprise à n’en pas douter!














Puno




Il a plu toute la nuit. La pluie sur en toit un tôle, ça vous réveillerait un mort et puis ça vous fait penser à votre moto garée en bas d’une côte boueuse « Comment on va faire pour la remonter? » , à votre caisse ayant subi quelques chocs « Elle va prendre l’eau c’est sûr! » et au fait que la béquille soit planté dans la terre « Je vais retrouver la moto par terre à tous les coups! ». Mais la pluie, c’est aussi la vie pour Teodora et ses congénères, agriculteurs pour la plupart qui n’ont pas vu une goutte de pluie depuis un certain temps maintenant. Alors bon… Et puis au petit matin, nos motos était debout, l’intérieur des caisses sec et la côte remontée. Nous avons même eu le droit à un superbe soleil lorsque nous sommes allés crapahuter en haut du mirador de la presqu’île pour aller contempler les îles Amantani et Taquile, le lac dans toute sa grandeur, et les sommets boliviens de l’autre côté.

En remontant vers Cuzco, nous nous arrêtons dans un petit village du nom de Huancane. Nous sommes régulièrement passés inaperçus dans les villes et villages traversés ou tout du moins, nous n’avons attiré que commentaires timides et regards curieux et interrogateurs. On ne saura pas dire pourquoi mais dans ce petit village, nous avons du faire face, pour notre plus grand plaisir, à des dizaines de personnes venus nous demander d’où nous venions, où nous allions, comment et pourquoi, puis nous donner des conseils sur la ou les routes à prendre. Une belle surprise une nouvelle fois, à coup de « Waou! » et de bouche bée.

Nous filons maintenant vers Cuzco. En s’éloignant du lac Titicaca, le temps se dégrade, le ciel est sombre, les sommets alentours dévoilent une légère couche de neige et nous frôlons de temps en temps une ondée glaciale mais par chance, nous terminons notre journée sec dans le village de Ayaviri.

Nous ne sommes plus qu’à quelques centaines de kilomètres de Cuzco, mais avant d’y arriver, nous souhaitons faire le tour du massif de l’Ausangate, tourner et tournicoter dans les méandres de la route qui longe ce superbe massif qui culmine à plus de 6.000 mètres d’altitude et profiter, pourquoi pas, des eaux thermales qui se succèdent au pied du géant.

C’était sans compter sur un coup de « Paf! », de « Schklong! » et de « Flopflopflopflop ».

Le temps qui nous avait épargné jusque-là s’est peut-être dit qu’un peu de grêle sur la bourriche nous remettrait les idées en place. En enfilant leur pantalon de pluie, sous les trombes d’eau et de glace, Manu et Tibo se dirent qu’il était futé le Chris de s’être arrêté un peu avant pour éviter de se changer sous l’eau. Il est un peu long quand même… Demi-tour. C’est un Chris tentant de s’allumer une clope sous l’abri sommaire d’un eucalyptus, regardant dépité l’arrière de sa motocyclette que Manu et Tibo retrouvent. La chambre à air vient de faire « Paf! », le pneu « Schklong! » en déjantant et l’ensemble de concert de faire « Flopflopflop! » le temps de s’arrêter en bord de route, et la pluie de commencer. C’est en forgeant qu’on devient forgeron, il paraît. C’est en pétant son pneu arrière tous les 3 jours qu’on apprend à le changer rapidement. Chose faite à l’abri d’une grange en bord de route. Pas la peine d’aller tenter les routes sinueuses du massif de l’Ausangate à l‘heure qu’il est compte-tenu du temps qu’il fait et de l’incertitude qui pèse sur nous quant aux raisons de cette crevaison.

Notre hospedaje à Capachica

Et nos hôtes, Teodora, Maritza, Ever et Benjamin

Le lac Titicaca









Direction Cuzco afin d’en déterminer la cause, et d’y remédier. Faire de cette nouvelle mauvaise surprise, la dernière de la série avant que cela ne devienne une mauvaise histoire et qu’elle reste ce qu’elle doit être: un Comic Strip à radoter plus tard, à base de « potato, potato, potato », de « paf! », de « klong! », de « pschhh…», et de « flopflopflop ».

A suivre…

Bookmarquez le permalien.

7 Comments

  1. bon noël! il devrait être magique dans ces contrées…
    bise

  2. C’est pas le Pérou!
    Vous avez peut être oublié la Pachamama…

  3. Et c’est en lorgnant sur le site que l’on devient rognon, rognon de n’être qu’à Toulouse où à défaut de klong, de pschh et de flop flop, on se contente des gla-gla sur la moto le matin :-)
    A bientôt avec un peu moins de pop-pop-pop-p….!
    Bises

  4. Merci jai bien ri :-) c’est vrai que depuis que manu est avec vous c’est plus. …. mouvementé. .. et décontracté! ! La bilk sous son panneau, très drôle aussi !! Tout de même une pensée pour Chris, qui n’a pas du rire tout le temps … Vivement la suite! Bises à vous 3

  5. il a pété un boulon l’invité de « rendez-vous en terre inconnu » au Perou avec le peuble Bigbaroude… non mais cul nu le mec!!! Je me marre encore!

    J’espère que vos soucis mécanique vont s’arranger rapidement mais malheureusement faut pas s’attendre à mieux pour la suite, voir pire: LA BOLIVIE!

    Enfin profitez déja du Pérou.

    Merci encore.

    Bises

  6. Salut les gars,

    Que c’est bon de venir sur le site ;-)
    Toujours le même régal…Et une pointe de jalousie !!!

    Merci et bonnes fêtes de fin d’année.
    JM

  7. Vous avez oublié les « wizzz » !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>