Couleurs andines

Sus aux emmerdes ! Et mort aux cons ! Nous quittons Salta avec un bilan plus que mitigé : un ventilateur neuf pour la bécane de Chris certes, mais surtout un appareil photo en moins pour Tibo. Nous sommes bien contents de remonter sur nos motos et de rouler un peu pour laisser ces sombres histoires derrière nous.
Nous mettons cap au sud et visons le paso de San Francisco pour repasser côté Chili et nous arrêter dire bonjour à des amis, la (pratiquement) belle famille de notre pote Tiouf, qui vivent à Los Andes à 80 km au nord de Santiago.
Pour cela, nous rejoignons bientôt l’emblématique ruta 40, la plus longue route d’Argentine qui longe la cordillère des Andes du nord au sud. Il y a donc fort à parier que ce n’est pas la dernière fois que nous empruntons son tracé.
De la région verte et tempérée de Salta (malgré des chaleurs estivales bien prononcées), la « cuarenta » nous conduit au sud dans des contrées plus arides, dans un dédale de montagnes rouges récemment arrosées par des orages d’été.




La garganta del diablo

La naissance d’un canyon ? C’est émouvant…


Aride oui, sans orages, non






Au sortir du dédale rouge, c’est une large vallée qui s’ouvre devant nous. Son accès, surveillé par deux ou trois bergers à cheval plutôt inoffensifs, est surtout défendu par un Zeph’ de tous les diables, qui fouette nos frêles enveloppes charnelles de bourrasques de sable arrachées à la pampa. Futés et rusés comme des baroudeurs que nous sommes, nous portons casque et blouson. En somme, rien à péter de quelques rafales de sable dans la tronche. Sans s’avouer vaincu pour autant, le fils d’Eole prend vite la mesure de notre détermination et finit par consentir à nous laisser passer. Non mais !
Rendus en bas de cette vallée, flanquée de deux chaines montagneuses imposantes hébergeant de nombreux « 6 000 », nous retrouvons le calme d’un ciel bleu et la douce chaleur d’une pampa abritée du vent.





Elles sont pas belles ces montagnes ? Elle est pas tranquille cette pampa ? On ne camperait pas par là ?

Bivouac

Un bon bivouac mérite un bon feu de camp. Ne serait-ce que pour la lumière dispensée – aucun besoin de chauffage ce soir-là

Le lendemain, après quelques heures de route, nous quittons la « cuarenta », ainsi que cette charmante vallée, pour bifurquer sur la route qui nous mènera au Chili via le paso de San Francisco.





Un bonjour, au revoir et à bientôt au Zeph’ argentin, et nous nous lançons dans l’incroyable montée vers la frontière chilienne.




A chaque virage sa surprise. Un nouveau paysage, de nouvelles couleurs, de nouvelles textures. Cette montée est complètement dingue ! C’est un émerveillement de chaque instant, et on se demande quelle splendeur la prochaine courbe va nous révéler. Des couches de sédiments ocres renversées à la verticale, aux concrétions jaunes, en passant par des dômes rouges, des montagnes aux parois gris-bleu à gris-vert, des renfoncements couverts de sable aux nuances infinies, des étendues de végétation, rase et jaune, tirant sa maigre subsistance d’un sol trop salé, aux volcans enneigés culminant à plus de 6 000 mètres d’altitude, la cordillère andine semble vouloir nous faire la démonstration de tout ce qu’elle recèle de beauté minérale, abrupte et aride. Un régal.










Une harde de vigognes complète le tableau en ajoutant une touche de vie au milieu d’un univers inhospitalier. Rassurant, d’une certaine manière.




Et c’est en fin d’après-midi que nous parvenons à la douane argentine. Il est 18h et nous avons mis derrière nous plus de 500 km de sourires béats et d’yeux écarquillés. Les formalités, qui s’en tiennent à ce qu’elles sont, de simples formalités, sont vite expédiées. Nous apprenons en revanche que la douane côté Chili ferme à 19h… et se trouve à 125 km de là. Ah.
Enfin, le douanier argentin, sympathique, nous dit qu’il envoie un e-mail à son homologue pour le prévenir de notre arrivée. Ok, on y va alors.
Nous passons ainsi la frontière physique 25 km plus loin. A plus de 4 700 mètres d’altitude, elle n’est marquée que d’un panneau au milieu de la route. Pour la paperasse, c’est à 100 km de là. Et on se dit que même en roulant de manière « dynamique » (comprenez : même si on envoie comme des demeurés et qu’on soude la poignée droite comme des sourds), cela risque d’être compliqué d’arriver avant la fermeture de la douane.
Le doute est confirmé lorsque, passés du côté chilien, nous nous rendons compte que les 100 derniers kilomètres de la journée se feront sur une piste de gravier, plus ou moins facile à gérer selon les endroits…
Voilà, c’est donc à 20h, et peu avant le coucher du soleil, que le poste de douane perdu au milieu de la montagne voit débouler deux baroudeurs à moto, fatigués, les doigts à moitié engourdis par le froid, et en fond de réserve d’essence pour la v-strom.
« Salut monsieur douanier ! C’est comment par où que c’est pour passer de l’autre côté, trouver une station essence et descendre un peu de ces fraîches hauteurs, qu’on plante la tente un peu plus au chaud siouplaît ? »
La réponse est à la fois simple, sans appel, mais amicale.
« C’est bien par là chicos. Mais ce sera demain à partir de 9h parce que là tout de suite, c’est fermé. Pour l’essence c’est facile, c’est par là aussi. A la prochaine ville, à 125 kilomètres. »
« Quoi !?! Mais on peut pas faire 125 bornes de plus nous ! »
« Aller, vous n’êtes pas si mal tombés les chicos, parce qu’ici la douane c’est aussi un refuge, donc vous allez pouvoir dormir au chaud et gratis. Et puis le gérant des lieux, il va vous faire manger quelque chose de chaud et vous vendre 5 litres de gasolina qui traînent quelque part dans un bidon. Alors, ça va mieux comme ça ? »
« Ah ouais, ça va mieux comme ça, ouais. Gracias amigo »
Nous ne sommes malgré tout pas sûrs de pouvoir rejoindre la prochaine station essence avant la panne sèche de l’une ou l’autre des bécanes…




Youhou ! Nous y sommes arrivés ! En consommant le moins possible, en profitant de la descente un maximum et en peaufinant une position aérodynamique aux petits oignons, nous couvrons les 125 kilomètres qui nous séparent de la première station essence de ce côté-ci de la frontière. La moto de Chris a fait sauter la barre symbolique des 500 kilomètres d’autonomie, une première. Belle performance, à ne pas tenter tous les jours toutefois.
Une fois les réservoirs de nos bécanes gavés jusqu’au col, nous nous élançons sur une portion de la panaméricaine qui nous mènera le lendemain jusqu’à Los Andes. Mais avant cela, la « panam » nous emmène rejoindre l’océan pacifique, que nous n’avions plus revu depuis le Pérou.
Ah le Pacifique. En voilà un qui s’annonce de loin. On commence par percevoir de la brume, des nuages au loin. Puis, au détour d’un massif, on perd 10 degrés et on se dit qu’il ne doit plus être très loin. Un bête mais efficace climatiseur géant quoi.



Sur la panaméricaine, on prend également conscience de l’importance de l’industrie minière au Chili. On ne compte plus le nombre d’engins et la quantité de matériel véhiculés en directions des gigantesques mines du nord du pays.

Mais ce qui nous frappe plus que tout, c’est que la panaméricaine nous conduit souvent en bord d’océan, et à chaque fois nous nous retrouvons à rouler avec un fort vent du sud-ouest, soit de face ou trois-quart face. C’est d’ailleurs une caractéristique du climat de la région : un vent fort et constant en provenance du sud-ouest qu’ils disent.
C’est énervant ! On en prend plein la tronche et la consommation de nos motos grimpe de manière indécente. On se dit que si on remontait cette route du sud au nord, on pourrait avec un seul plein d’essence et une petite voile remonter tout le continent…

Quoiqu’il en soit, après une étape rapide dans un camping de bord de mer, nous rejoignons Los Andes le jour d’après en fin d’après-midi. Le comportement de la BMW de Chris a quelque chose de bizarre, sur les derniers kilomètres de cette route en mauvais état. On dirait que ça tape un peu derrière. Qu’est-ce que cela peut-il bien être ? Arrêt, vérification. Ah ouais. C’est au tour de la BMW de perdre son amortisseur arrière… Bon… Mais peu importe, on verra ça après le week-end.
Pour le moment, nous sommes accueillis à bras ouverts par la famille de Fabiola, la compagne chilienne de notre pote Tiouf. Nous connaissons déjà son frère et une de ses soeurs, que nous avons rencontrés et hébergés en France. C’est un plaisir de les revoir, et de rencontrer le reste de la famille. Il faut dire qu’ils savent recevoir les chiliens, et nous sommes accueillis avec une bonne bière fraîche (il fait très chaud l’été à Los Andes), suivi d’un barbecue accompagné d’une bonne bouteille de vin. Elle est pas belle la vie ?
Nous passons la journée suivante à nous détendre, profiter de la piscine d’un voisin et envoyer quand même un ou deux e-mails à Santiago pour gérer cette histoire d’amortisseur.
Le lendemain, Nello (le frère de Fabiola) nous propose de nous conduire en voiture pour une visite de Valparaiso en compagnie de son cousin Leo. Bonne idée, cela nous permet de visiter cette ville portuaire haute en couleur sans se préoccuper des motos.
On ne vous fait pas le topo in extenso, on vous laisse avec quelques photos. Valpo est une ville colorée, qui monte et qui descend, à la fois populaire et cultivée, qui a connu son âge d’or grâce à son port et dont le centre historique est classé au patrimoine culturel de l’humanité.

Valparaiso (Valpo pour les intimes)





Un des célèbres « ascensores » de la ville, qui donnent accès aux cerros, les collines sur lesquelles la ville s’étend










Leo, Nello, Chris. « Non, là-bas j’te dis »









Une journée pour visiter une ville c’est court, mais nous avons passé un agréable moment à nous balader et cela nous a fait plaisir de découvrir Valpo en compagnie de nos deux guides Nello et Leo.
Nous rentrons en fin d’après-midi à Los Andes, juste à temps pour fêter l’anniversaire de Sophia, la fille de Paula, une des soeurs de Fabiola (vous suivez ?). On ne fait pas 7 ans tous les jours ! Et cela se fête.
L’occasion pour nous, en plus d’exercer de manière intense notre espagnol approximatif, de nous gaver de nombreuses empanadas maison et goûter aux légendaires gâteaux d’anniversaire de la famille Vasquez, ici réalisé par Maria Teresa. Super coloré, rehaussé d’une princesse et fourré au dulce de leche… Que bueno !
Un bon moment au sein d’une famille chilienne super sympa et accueillante.

La maman de Fiabola et son fils Manuel, dit Nello

Leo « el primo » (cousin) et Maria Teresa (soeur de Fabiola)

Sophia, princesse du jour, en face de son gâteau d’anniversaire

Le papa de Fabiola, aka « el señor Robert De Niro » (bon, cela n’engage que nous)

Paula, maman de Sophia et soeur de Fabiola.
Hé ho, on va vous faire un arbre généalogique si vous ne comprenez pas !

Photo de famille, plus deux baroudeurs français.
Bon, alors ok, puisque vous avez suivi, il manque qui ?
… roulement de tambours …
Fabiola, bravo !
Et le mari de Paula, qui prend la photo.
Et notre pote Tiouf qui fait partie de la famille aussi.
Et ses enfants Bastian et Anita, les cousins de Sophia, la fille de Paula, elle-même soeur de Fabiola, la compagne de Tiouf, notre pote toulousain. Voyez le rapport ? Mais le monde est petit on vous dit.

Enfin, ces histoires de famille sont toujours très pittoresques.
Nous avons passé un week-end délicieux, dans tous les sens du terme, et nous remercions du fond du coeur la famille Vasquez dans son ensemble ! Vous êtes au top !
En ce qui nous concerne, notre prochaine étape est à 80 petits kilomètres au sud, à Santiago, où rendez-vous est pris pour faire réparer cet amortisseur récalcitrant et nous préparer à foncer vers le grand sud.

Oui, parce que c’est bien sympa de visiter tous les ateliers motos du continent, mais nous on veut arriver jusqu’à Ushuaia, et avant l’hiver si possible !

Bookmarquez le permalien.

9 Comments

  1. et alors les loulous, j’ai manqué un épisode ou bien! plus de phot., plus de nouvelles…c’est trop beau ou quoi? d’énormes bises à vous.

  2. Wahoo ! Comment il est trop bien le gâteau d’anniversaire de sophia. Y a même Olaf.

  3. J’ai pas tout lu, mais ça a l’air bien…

  4. Ça fait bizarre de voir deux Auziellois à San Rafaël ! C’est ouf !

  5. Je savais que ça irait mieux ;-)
    Toutes ces belles rencontres, ces paysages magnifiques, tout au long de votre périple…Vous devez « prendre votre pied » :-)
    Et quel pied pour nous de vous lire !!!

  6. Excellent! et les photos sont magnifiques,
    bonne route

  7. Quand vous dites « la belle famille de notre de notre pote Tiouf », vous voulez dire la famille de notre pote Fabiola, non ??

  8. Merci de prendre le temps de s’arreter pour shooter les motos
    Bonne route les photos sont superbes

  9. Ben, rien à dire, mais je le dis quand même !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>