Cruzando fronteras

Nous voila à Santiago. Santiago valait bien une visite certes, de là, à y passer 5 jours, ça valait bien un amortisseur. La moto de Chris déposée à l’atelier de Christopher, ancien mécano de chez BMW, nous voilà bon pour nous dégoter un hôtel si possible bon marché au coeur d’un des quartiers les plus aisés de Santiago. On trouve donc un petit bed & breakfast où nous resterons deux nuits le temps que la trop maternelle dueña nous donne des envies d’ailleurs, non pas qu’on ne supporte pas son mignon petit clébard ou que le bouquet de roses posé sur le lit nous ait invité à quitter les lieux avant même que la moto soit réparée mais il faut reconnaitre qu’avoir sur le dos la propriétaire à chaque instant de la journée, aussi sympathique soit-elle, ne nous a laissé que peu de choix sur notre décision. Et puis, nous avons entendu parlé d’un petit hospedaje non loin du centre ville, dont le propriétaire, lui-même motard, accueille avec joie et compréhension tous les voyageurs en deux-roues. On s’y rend avec entrain avant de déchanter: le lieu est fermé pendant 15 jours, le propriétaire étant parti lui-aussi parcourir les routes chiliennes à la recherche de sensations fortes et de paysages à couper le souffle. Peu importe, nous nous rabattons sur l’hospedaje voisine qui nous offrira ce dont nous avons besoin: un lit, du wifi, un proprio bonhomme, le tout dans un quartier tranquille.

Nous patientons donc en attendant que la moto de Chris soit réparée. Un petit échange de mails avec Pamela et Matthieu nous apprend que, pour eux-aussi les péripéties mécaniques sont loin d’être finies. Bloqués dans le petit village de Malargüe, en Argentine, notre couple de baroudeurs préféré, désespère de trouver une pièce importante pour la pérennité de leur aventure. Heureusement pour eux, la pièce est disponible à Santiago et nous leur promettons de faire un détour vers l’Argentine pour leur apporter la sainte pièce.

De notre côté, nous profitons de ces quelques jours pour visiter Santiago. Parait-il que la capitale du Chili présente la meilleure qualité de vie du continent. Quelques heures à se balader dans le centre ville, d’autres à circuler dans quelques communes qui forment le Gran Santiago, suffisent à nous convaincre qu’effectivement, il semble régner ici une relative douceur de vivre. Le climat méditerranéen qui baigne Santiago n’y est certainement pas étranger.

Vendredi sonne comme la promesse de quitter la ville et de continuer notre route. A défaut de nouvelle du front, nous nous rendons directement à l’atelier histoire de leur mettre un « léger » coup de pression. Cela semble fonctionner et la moto nous est promis pour le soir même. Tant pis s’il faut prendre la route tardivement, nous ne pouvons concevoir une nuit de plus sur Santiago, le porte-monnaie non plus. Nous poserons la tente là où nous serons quand la nuit tombera.











Ce n’est pas la nuit qui nous stoppe mais le pneu de la roue arrière de Tibo dont une mèche, vestige de la crevaison péruvienne, vient de se faire la malle. Nous rejoignons difficilement Los Andes, à 100 km de la frontière argentine, et passons la nuit dans un hôtel à deux pas d’un « vulcanizador » qui nous arrange le pneu en quelques minutes le lendemain matin.

Traverser une frontière, on commence à savoir faire et c’est pas toujours une franche rigolade. En revanche, traverser une frontière entre le Chili et l’Argentine, c’est toujours un moment inoubliable. Les plus beaux paysages semblent se concentrer de chaque côté de la frontière. Le Paso de Jama nous avait emmené à plus de 4.900 mètres d’altitude. Nous avons parcouru 400 kilomètres incroyables et désertiques pour franchir le Paso de San Francisco. Ce jour, nous avons la joie de découvrir au détour d’un virage nous menant au Paso Los Libertadores, l’imposant Aconcagua, « le colosse de l’Amérique » qui du haut de ces 6.962 mètres domine la Cordillère des Andes.
Pas trop le temps de reluquer ce colosse des heures durant, la frontière nous attend, celle-ci est touristique donc longue à passer, puis 550 kilomètres nous séparent encore de Mateo et Pamela, impatients de nous voir arriver à Malargüe. Après une descente par les versants arides andins, nous évitons l’agglomération de Mendoza et entamons la mythique Ruta 40 qui longe la Cordillère au milieu de la pampa argentine. Pour résumer, c’est todo recto avec un vent de face à vous fatiguer les cervicales et une consommation qui de ce fait, grimpe en flèche. Et dire qu’il est censé souffler plus fort au sud… on risque de finir avec des cous de taureaux! Lors d’une pause, nous remarquons que la moto de Tibo est badigeonnée d’huile. Un peu sur les caisses, un peu sur les fourches, le garde-boue et que même le bas de son pantalon est assaisonné… une seule raison à cela, c’est pas la moto de Tibo qui fuit mais celle de devant. Chris! Hypothèse vite validée et conclusion tout aussi rapide: les mécanos à Santiago ont travaillé comme des cochons et après avoir démonté le carter d’embrayage, ont remis l’ancien joint… qui jointe plus du coup. Les cons… Après avoir refait le niveau d’huile de la bécane, nous repartons, Tibo devant, les projections d’huile seront pour ceux qui s’approcheront de trop près de la BMW.

Nous finissons la journée avec une image réjouissante… Matthieu, les deux bras en l’air derrière les grilles de l’hôtel acclamant comme il se doit les porteurs de bonnes nouvelles, et de pièces toutes neuves. Pam est là, évidemment, et nous rencontrons Juan, motard mexicain sur le chemin du retour, après avoir dit coucou aux pingouins de la Terre de Feu.









L’Aconcagua





La Ruta 40





Nous restons trois nuits à Malargüe, le temps pour Matthieu de travailler sur sa moto, et pour Chris d’envoyer quelques mails afin de savoir où trouver un joint de carter sans être obligé de retourner à Santiago. Lundi, la moto de Matthieu démarre enfin… Après plus d’une semaine à bosser dessus, à se renseigner sur tous les forums BMW du net, le soulagement de Matthieu fait plaisir à voir. Pour eux, le voyage ne s’arrêtera pas ici et Ushuaia, un temps oublié pour cette année 2015 ne semble plus être promis à des rêves lointains.


Juan sans, et avec sa moto

De notre côté, nous n’avons aucune certitude de trouver un joint en nous dirigeant vers le Sud lorsque nous quittons, en compagnie de Pamela et Matthieu, l’hôtel devenu le temps de quelques jours, un atelier à ciel ouvert. Nous reprenons pour quelques kilomètres la Ruta 40 que nous quittons rapidement pour traverser une nouvelle fois la frontière. Nous longeons un large cours d’eau comme nous en avons peu croisé depuis maintenant quelques semaines. Les abords verdoyants offrent de paisibles pâturages à quelques ruminants et les montagnes s’élèvent peu à peu autour de nous et nous offrent des panoramas grandioses. Le passage de la frontière chilienne n’est qu’une formalité vite remplie et nous contemplons encore une fois de magnifiques canyons andins. La Cordillère des Andes est jeune et le temps n’a pas encore adouci ses contours. Par moment, nous avons l’impression de contempler le monde tel qu’il pouvait être lorsque les premiers hommes foulaient notre Terre. On s’attendrait presque à croiser un troupeau d’aurochs ou d’antilopes saïgas, affolés par une attaque de lions des cavernes… Mais ça, c’est peut-être parce qu’en ce moment, on bouquine des histoires d’hommes préhistoriques.














A fur et à mesure de notre descente, la végétation change et rapidement, il devient impossible de dénombrer l’ensemble des essences qui nous entourent. Les montagnes s’arrondissent et se cachent sous un vert manteau dense un peu plus habituel pour notre regard aiguisé aux contreforts pyrénéens. Nous posons notre tente au milieu de ces montagnes dans un camping comptant au maximum une douzaine d’emplacements, sur les rives d’un lac artificiel qui n’est pas sans nous rappeler une nuit que nous avons passé en Californie où nous avions surpris des bobcats et entendu aboyer au loin une meute de coyotes. Ici, nous avons le droit au galop de chevaux en semi-liberté dont le son des sabots sur le sol fait jaillir dans nos yeux des étincelles de félicité.







On en oublie presque que l’amortisseur de la GS de Matthieu est en train de rendre l’âme. A chaque arrêt, la tâche d’huile qui se forme en dessous de la moto ne laisse aucun doute sur le diagnostic. Les pépins s’enchainent, dirait-on mais rien ne nous fera dévier de notre but. La décision est rapidement prise, nous ne sommes qu’à quelques centaines de kilomètres au sud de Santiago, Matthieu et Chris se rendent donc le lendemain régler leur problème mécanique, un nouveau joint pour Chris et un reconditionnement d’amortisseur pour Matthieu. Pendant ce temps-là, Tibo et Pamela en profitent pour finir leur bouquin respectif à l’ombre des eucalyptus qui bordent le lac… une belle journée de repos. Pas vraiment le cas pour Chris et Matthieu, qui après une éprouvante journée, arrivent au camping alors que la nuit est déjà bien entamée. Fatigués mais soulagés, les problèmes mécaniques sont réglés, les emmerdes, à priori derrière nous et la Tierra de Fuego droit devant!

Nous retrouvons la Panaméricaine et fonçons vers le sud encore et toujours secoué par le vent violent qui se rafraîchit au fur est à mesure de notre avancée. Nous nous arrétons aux abords du lac de Villarica, lieu qui apparaît hautement touristique. La circulation aux abord du lac est intense et nous comprenons aisément l’engouement des chiliens pour cette région parsemée de nombreux lacs, entourés eux-mêmes par de magnifiques volcans où s’accrochent quelques névés. Un environnement paradisiaque, que l’été, bien installé dans cette partie du globe, ne rend que plus attirant. Nous trouvons un camping et passons la soirée en compagnie de Stefan, un voyageur allemand en moto lui-aussi, qui remonte vers le nord.

Au réveil, nous sommes surpris par la visite de Juan et Azara, le couple espagnol avec qui nous avons passé quelques jours auparavant à Uyuni. Le hasard a voulu qu’ils dorment dans le même camping que nous mais à défaut de connexion internet, nous avons passé la soirée précédente séparés par quelques dizaines de mètres sans même le savoir. Le temps de se raconter nos péripéties des semaines antérieures, nous leurs faisons une nouvelle fois nos adieux ainsi qu’à Pamela et Matthieu qui souhaitent se diriger vers San Martin de Los Andes et Bariloche, côté argentin. Nous gardons ces hauts lieux touristiques argentins pour notre remontée vers le nord car pour nous l’objectif est de profiter au maximum du côté chilien.

Sur les conseils de Stefan, tout en continuant notre route vers le sud, nous nous arrêtons dans le petit village d’Ensenada sur les rives du lac Llanquihu dominées par les 2.661 mètres du stratovolcan Osorno. Véritable symbole du paysage des environs, nous sommes impressionnés par la coupe parfaite de ce volcan et par la couche de neige accrochée à son sommet. Une route amène au pied du monstre endormi, et nous ne nous faisons pas prier pour aller l’admirer de plus prés. Nous plantons notre tente dans un camping au pied du lac, admirons les reflets du soleil couchant sur les neiges éternelles du volcan et prenons plaisir à manger un bon asado comme il se doit dans ces contrées.

Stefan







Demain, nous devrions rejoindre la ville de Puerto Montt qui marque le début de la mythique Carretera Austral… et on pensait avoir tout vu…

Bookmarquez le permalien.

3 Comments

  1. ça y est, vous êtes devenus machos, vous préférez les hôteliers bonhommes aux hôtesses à bouquets de roses…moi, j’dis: attention!
    mais continuez à vous régaler et à nous régaler. des bises à vous.
    si je comprends bien vous aviez un plan B pour l’appareil photo; que c’est bon d’avoir à faire à des gens intelligents!

  2. Je voulais tout lire mais je me suis endormi avant…

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