Des rizières au désert

Nous sommes au Pérou ! Cela n’aura pas été sans dommage. Un léger problème taraude Chris depuis cette piste boueuse en direction de la frontière qui a eu raison de son équilibre et qui a surtout laissé une de ses caisses sérieusement déglinguée. Ne tenant qu’à l’aide d’une sangle, et surtout ne fermant qu’à moitié, une solution un peu plus durable doit être envisagée. Mais arrivés de nuit, harassés et pleins de boue, nous nous sommes couchés en nous disant que la nuit porterait conseil et que demain il ferait jour…
Et effectivement, le lendemain, il faisait jour. Mais la fatigue nous ayant entraînés dans un sommeil profond sans rêves ni conseils, nous décidons de repartir de bon matin et de voir si quelques heures de moto ne pourraient pas porter autant conseil qu’une bonne nuit. Et bingo, traverser une vallée du nord du Pérou, sous une chaleur tropicale, parsemée de rizières aussi exotiques qu’inattendues a fait germé la solution, aussi simple qu’efficace. Il suffit de s’arrêter dans le premier atelier de mécanique / carrosserie croisé sur la route. Et croyez-nous il n’y a que l’embarras du choix à chaque petite ville croisée. Le « Jefe » de l’atelier de notre choix n’a eu qu’à peser de toute sa bedaine sur la caisse tordue et peaufiner les finitions à la masse pour nous rendre une caisse… utilisable. Bon, c’est pas le Pérou, comme dirait l’autre. Mais en fait si, et ça va le faire. C’est un peu le genre de boulot qu’on aurait pu réalisé nous-même finalement, l’aide de la bedaine en moins peut-être, mais c’est tellement mieux fait par un costaud masseur de tôle expérimenté. Et on ne s’est pas, peut-être à tort, embarrassés d’une masse dans nos bagages.
Mais bref, nous voilà quoiqu’il en soit prêts à reprendre la route plus sereinement. Ce que nous faisons après de chaleureux remerciements adressés au « Jefe » masseur de carrosseries, et après avoir réussi à lui glisser un petit billet – tout travail mérite salaire – qu’il refusait. Il devait considérer que le simple fait de poser sa bedaine sur une caisse en alu ne valait pas quelques soles. Mais quand ça rend un fier service, ça les vaut. Et pis c’est tout.
Nous achevons donc la traversée de cette large vallée aux airs de tropiques, assez éloignée de l’image que l’on se fait du Pérou, pour remonter en fin de journée en altitude via les gorges de l’Utcubamba jusque Chachapoyas.

Rizières du Pérou

Massage de caisse en alu

Si en plus ils rajoutent les touk-touk, ça va finir par ressembler à l’Asie !














Au Pérou, les motos dorment dans l’hôtel

De Chachapoyas, on met le cap devinez où ? Au sud. Bien, vous suivez. La route sinueuse, au nombre incalculable de lacets, nous entraîne des chaleurs tropicales des vallées à 900 mètres d’altitude aux fraîcheurs du bocage andin, où les pueblos de paysans à chapeau et poncho fleurissent à plus de 3 000 mètres d’altitude. Puis c’est un col à 3 600 mètres qui nous fait toucher du doigt une montagne différente, un peu plus aride, où la végétation se fait rare, et nous offre un panorama grandiose. Une belle introduction aux Andes péruviennes.













Eglise de Celendin

C’est lors d’une pause que nous nous rendons compte que nous passons des heures et des heures à tourner et tournicoter dans la montagne sans avancer d’un pouce sur la carte. Carte qui montre d’ailleurs ses limites. Elle indique par exemple 19 kilomètres entre deux pueblos lorsque les locaux nous annoncent plus de 50 kilomètres… Le GPS est lui aussi régulièrement dépassé et ne connaît que certaines routes, ou qu’une partie des routes. C’est bien au renseignement humain qu’il faut se fier. Et renseignement pris, la route que nous avions prévu pour rejoindre Lima nous prendra peut-être 10 jours, puisqu’elle comprend de larges portions de pistes de terre et compte plus de kilomètres que la carte ne veut l’avouer…
Or c’est dans 3 jours au plus tard que nous devons être à Lima pour accueillir notre pote Manu qui se joint à La Big Baroude pour 16 jours ! Un changement de cap s’impose à nous.
Nous prenons donc la décision de couper en direction de la côte et de la Panaméricaine pour atteindre Lima dans les temps. On verra plus tard pour la flânerie dans l’altiplano.
En attendant, rejoindre la côte signifie traverser la Cordillera Blanca, et passer par un col qu’on ne pensait pas aussi haut. On grimpe, on grimpe, la puissance de nos machines diminuant au fur et à mesure de l’ascension, et nous nous retrouvons finalement à dépasser les 4 100 mètres d’altitude ! Mais dommage, le panorama n’est pas au rendez-vous cette fois-ci. En revanche, le brouillard est bien présent. Nous poursuivons donc notre route sans nous attarder plus que le temps de prendre une photo. La pluie commence d’ailleurs à tomber mais Chris ne juge pas nécessaire d’enfiler un pantalon de pluie. Nous avons déjà traversé quelques nuages au passage de certains cols de Colombie ou d’Equateur, et comme il dit : « ça craint pas, c’est pas de la pluie qui mouille. » Sauf que celle là si, elle mouille. Elle mouille tellement que la descente du col à peine commencée, il se retrouve avec le fondement qui baigne dans une eau à 5°. Cela lui apprendra à montrer un peu plus de respect envers la montagne. Non mais ! Cela étant, il est vite rejoint dans son bain glacé par Tibo, dont le pantalon de pluie n’aura tenu que quelques minutes. Nous serrons donc les dents de concert, essayons de rester vigilants aux pièges de la route et descendons de cette montagne aussi vite que possible.
Cela nous permet de réaliser comment fonctionnent les saisons dans cette région du monde. Il n’y a quasiment pas de saison. Si vous cherchez de la fraîcheur, montez. Si c’est la chaleur qui vous attire, descendez. Facile. C’est donc avec plaisir que nous sortons finalement de cette pluie glacée pour rejoindre une chaude vallée où le soleil et la chaleur font prospérer la canne à sucre. Elle nous mènera en début de soirée à Huanchaco, petit bled de surfeurs au bord du Pacifique.
Nous serons donc passés en moins de 2 heures de 4 100 mètres au niveau 0. Sans le regretter.



Le lendemain, changement de décor. Nous attaquons la Panaméricaine qui longe la côte pacifique, et désertique, pour rejoindre Lima quelques 600 kilomètres plus au sud. Cette portion de la Panaméricaine est une route sale, dont les abords sont jonchés de détritus – il n’est pas rare de voir un chauffeur jeter ses déchets par la fenêtre de son véhicule – dans un décor à couper le souffle.
La route est ponctuée de villages de pêcheurs, quelques pueblos exsangues, des restos de routards faits de bric et de broc, et de nombreux travaux sur la route qui voient évoluer des bonshommes en tenu jaune, casque, masque et lunettes pour se protéger du sable.
Cette bande de bitume dans le désert est en effet balayée par un vent transversal venu de l’océan qui se matérialise par des bourrasques de sable en travers de la route, et se traduit par des motos penchées, appuyées contre le vent, et une consommation qui grimpe en flèche. Nous y croisons semi-remorques en pagaille, bus, collectivos, vieilles bagnoles et pick-up, souvent équipés de gros feux anti-brouillards pour voir, mais surtout être vus dans le soleil aveuglant, les rafales de sable ou le brouillard venu de l’océan, alors que les dépassements se font hasardeux. On pourrait voir Mad Max surgir au volant de son Interceptor sans s’en étonner outre mesure…
















Après nos 600 kilomètres de Panaméricaine, nous atteignons Lima dans la soirée et, malgré quelques tentatives infructueuses, la faute à un week-end de trois jours, nous finissons par trouver une place dans une auberge. Nous sommes claqués mais nous l’avons fait ! Nous sommes prêt pour accueillir Manu qui arrive le lendemain. Mais pour l’heure nous allons nous coucher, fourbus. Demain c’est demain, et demain, il fera jour.
Et une fois de plus, le lendemain, il faisait jour. Et notre super pote Manu est arrivé, avec son casque, ses gants et tout son barda, prêt à barouder.
Nous sommes très contents que, malgré un agenda de ministre, Manu ait trouvé un peu de temps (et d’argent) pour se joindre quelques jours à La Big Baroude. Parce que Manu c’est un peu le premier des baroudeurs, celui qui, avant de nous entraîner dans des « petites » baroudes en France, Suisse, Italie, Espagne, défrichait ado les champs à coup de moto cross et partait quelques années plus tard en compagnie de Chris à l’assaut de l’Espagne sauvage sur son XT 660, un gros mono qui fait « potato potato potato ». D’ailleurs les motos qui font du bruit il doit aimer ça parce qu’aujourd’hui il roule sur un bicylindre équipé d’un pot à réveiller les morts (il dira que ce n’est pas sa faute, qu’il l’a achetée comme ça, mais bon). Mais bon cela ne nous a presque pas étonné que même la moto de location qu’il a récupérée à Lima lui soit livrée équipée d’un pot d’échappement à faire pâlir une Harley préparée. Le « potato style » tu l’as ou tu l’as pas. Lui, clairement, il a le potato qui lui colle à la peau.
Nous profitons aussi de notre passage à Lima pour changer nos pneus. Les pneus de Chris ne sont pas encore finis, mais le pneu arrière de Tibo est usé jusqu’à la corde, aussi lisse qu’un pneu slick, et nous décidons de passer sur un profil de pneu plus adapté aux routes non revêtues, que nous sommes susceptibles d’emprunter plus régulièrement.
Moto de location récupérée, pneus changés, nous attaquons à 3 une première étape, encore de la Panaméricaine, pour sortir de Lima. Nous arrivons en fin d’après-midi à Paracas, en bord d’océan et aux abords de la réserve nationale du même nom. Nous fêtons cette première journée à 3 baroudeurs selon la coutume ancestrale de la baroude, soit autour d’une bière sur une terrasse donnant sur le port.







Attention quand même, les terrasses ici sont surveillées par des Gremlins (ou chiens péruviens bizarres)

Cette réserve nationale, au coeur de la pampa aride qui borde le Pacifique, a retenu notre attention. Nous décidons donc de quitter la Panaméricaine sur notre route vers Arequipa, pour traverser ce bout de désert. Nous ne le regrettons pas, mais alors pas du tout. Manu non plus. Il ne pouvait rêver meilleur début de séjour : un désert à la beauté sauvage, des pistes à se croire sur une étape du Dakar, le tout ponctué par une pause dans un petit pueblo de pêcheurs des plus pittoresques. Un régal absolu !
Les photos parlent d’elles-mêmes.










Pour finir en beauté cette très belle étape, nous rejoignons la Panaméricaine qui nous amène jusqu’à Nazca, où nous avons le loisir de « philosopher » depuis sur les célèbres lignes éponymes (« non mais sérieux, elles sont là depuis 4 000 ans ? Ils doivent bien les retracer parfois, sinon elles s’effaceraient non ? »)








Après Nazca, dont nous avons parcouru les grandes lignes, notre prochaine étape nous amène à Arequipa, la cité blanche au pied du volcan Misti, qui surplombe la ville de ses 5 800 mètres. La région a de nombreux atouts et attire les baroudeurs en tout genre. En ce qui nous concerne, elle nous réserve quelques surprises. Cela fait partie de la baroude. Et du prochain épisode.

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8 Comments

  1. Monique et David de Belleville

    Où que vous soyez passez un joyeux noël et tous nos voeux pour que la dernière partie du voyage soit aussi belle que les précédentes
    (avez-vous gardé une boite de foie gras au fond de la sacoche?)

  2. Putain les gars Bravo, vos belles cabeza de toulousains me disent vaguement quelquechose et pour sur on a du se croiser plusieurs fois a l’epoque ou j’étudier comment brancher un micro dans un XLR a L’esra.
    Manu bravo, c’est trop le kif non , trop le style de rejoindre tes potes a l’autre bout du monde .
    On t’embrasse bien fort de Paris en révant a vos aventures que peu de gens réalisent vraiment comme vous le faites. Régalez vous kiffez a fond et a bientôt !!! Cassagnou.

  3. Que d’aventuressss bravo les baroudeurs!!
    C’est magnifique!!!

  4. Coucou les baroudeurs ! Je n’imaginais pas que le Pérou ait de tels paysages… C’est trop Beau….. Merci encore et encore !!! Hasta pronto chicos

  5. Merci encore les gars pour prendre du temps pour écrire tout ça! Trop content de vous voir ensemble la-bas… bon je connais un peu, n’hésitez pas à me demander la route si vous galérez!
    Merci Manu pour ton sourire sur les photos, vraiment on est heureux pour toi.

    Des bisettes!

  6. Si vous croisez « la poderosa » la Norton 500 de l argentin médecin révolutionnaire, transmettez lui un salut amical. Les photos me laissent sans voix. Per molt anys. Sempre en davant.

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