Diario de Chiapas

Bon, ça y est, on a réussi à s’arracher à la torpeur de Mazunte. Il suffit. Le sable est trop chaud, l’océan est trop chaud, le soleil est trop chaud. Le hamac nous happe pour des heures entières. On bouge un orteil on transpire. On bouge pas, on transpire. Y en a marre. C’est quand même pas facile tous les jours, vous pouvez nous croire. Et puis il y a les baba-cools. Ils sont sympas les baba-cools avec leurs guimbardes, leurs dreadlocks et leurs pétards mais on a de la route nous ! Et un baroudeur, ça chôme pas, ça avance !

Alors nous voilà de nouveau sur la route. Le temps de penser un peu à notre condition actuelle. C’est quoi un baroudeur déjà ? On sait pas. Mais on sait ce que ce n’est pas.

Laissant la langueur de Mazunte derrière nous, on suit la côte pacifique, à quelques kilomètres dans les terres, pour une étape qui nous emmène à Salina Cruz. La route se fraie un chemin dans la forêt, parfois roulante, parfois défoncée. Parfois déserte, parfois occupée : par des chiens en vadrouille, du bétail en pâture, des taxis qui traînent, des mini vans de transport « colectivos » qui traînent encore plus, voire par un camion qui s’est renversé dans un virage. Un baroudeur, ça ne s’arrête pas à ces contingences, vif et alerte ça poursuit son chemin.

Un baroudeur, ça avale les kilomètres comme une hyène avale une charogne, ça fait pas de pause. Sauf s’il fait vraiment trop chaud et trop soif. Mais pas trop longue, la pause, alors.

Et puis ça rattaque la route aussi sec un baroudeur.

Un baroudeur, ça te dégotte un petit point de vue genre carte postale sur la côte pacifique les doigts dans le nez. C’est simple pour un baroudeur. C’est son instinct qui le guide.

La carte postale

Mais un baroudeur ça perd pas son temps à prendre des photos pour le plaisir, la truffe au vent. Non, ça profite de chaque occasion pour faire d’une pierre deux coups un baroudeur. Par exemple se délester de son sac poubelle qu’il traîne depuis 2 semaines. Un baroudeur ça s’en fout de la propreté des lieux. Un baroudeur ça repasse jamais deux fois au même endroit.

L’envers du décor (plus sérieusement, ce n’est heureusement pas partout pareil !)

Un baroudeur c’est pas un tire-au-flanc. Alors le soir venu, un baroudeur ça se vautre pas comme une loque dans un hamac. Sauf s’il n’y a pas de chaises dans le bar. C’est pas sa faute au baroudeur s’il n’y a pas de chaises dans le bar.

Plage de Salina Cruz (hamac obligatoire)

Un baroudeur, c’est pas une mauviette, ça s’émeut pas comme une gonzesse devant un coucher de soleil. Sauf si le spectacle est trop saisissant. C’est pas de marbre non plus un baroudeur.

Après avoir tenu la bouteille d’un mécanicien-bourracho-motard jusque trop tard dans la nuit, après avoir cherché le sommeil sans vraiment le trouver dans une étuve chauffée à blanc que lui a louée le sus-nommé zigoto, un baroudeur c’est pas fatigué. Un baroudeur ça boit son café instantané sans broncher et ça reprend la route. Et avec le sourire s’il vous plaît.

Chiapas

Le Chiapas, c’est des montagnes, de la forêt tropicale, des zapatistes, beaucoup de petits pueblos, et des gens super sympas. Une pause pour acheter quelques bananes (rapport à un transit… perturbé) nous fait toucher du doigt la gentillesse des villageois du coin, à la fois étonnés que deux drôles de gars sur leurs grosses motos s’arrêtent chez eux, curieux de venir voir qui nous sommes, et finalement ravis qu’on fasse une halte chez eux. Ils doivent être une demi douzaine à choisir les plus belles bananes de l’étal. Merci les chiapanecos !

Malheureusement pas beaucoup de photos pour illustrer ces belles montagnes car le temps est très humide et il a fallu mettre l’appareil à l’abri. Un baroudeur, c’est pas un abruti fini, ça respecte un minimum son matos.

Mais un baroudeur, c’est pas non plus deux gouttes de pluie qui vont lui faire peur. Ah ? Ni même lui faire enfiler sa couche étanche ? Non. OK, puisqu’il l’a cherché, un baroudeur ça finit son étape du jour par 15°C, trempé jusqu’aux os. Enfin c’est quand même pas sa faute au baroudeur s’ils ne connaissent pas le juste milieu entre la canicule de plomb et l’orage de montagne dans ce pays !

San Cristobal de las Casas

Un orage tropical à San Cristobal, ça prend 5 minutes pour transformer les rues en torrents. Et moins de 2 minutes pour tremper un baroudeur jusqu’au caleçon.

En ce moment il tombe deux orages tropicaux par jour sur cette satanée beauté coloniale des montagnes du Chiapas. Donc ça n’aide pas à faire sécher quoi que ce soit. Soit, un baroudeur c’est jamais à court d’idées, ça boit du mezcal pour faire monter la température de son corps et sécher ses fringues directement sur lui.

Un baroudeur, ça a plus d’un tour dans son sac. Mais soyons honnête, la technique du mezcal n’est pas d’une efficacité à tomber par terre. Alors un baroudeur ça renfile son froc mouillé et ça reprend la route. Et ça s’en va visiter un endroit encore plus humide et avec encore plus d’eau. Un baroudeur, ça privilégie pas la facilité à la beauté.

Les chutes d’agua azul. Elles sont « azul » quand il ne pleut pas. Mais comme il pleut « un peu » ces derniers jours, elles ont pris une couleur plutôt terreuse. C’est pas grave, un baroudeur ça n’aime pas qu’une seule couleur.

Un baroudeur, ça passe pas son temps à s’extasier devant des fleurs comme un poète romantique devant la diaphane délicatesse de l’existence. Oh non ! ça fait pas ça un baroudeur. Un baroudeur c’est un macho qui débite quatre stères de bois à l’heure pour en faire des allumettes. A l’opinel.

Bon, parfois ça regarde une fleur au passage, un baroudeur, mais vite fait.

Un baroudeur, ça bouffe du bitume, ça fait pas de pause. Vous vous souvenez ?

Un baroudeur, c’est pas assez inconscient pour monter dans un « colectivo » déglingué, conduit pas un receleur de champignons hallucinogènes, et qui fonce à toute allure à travers la jungle vers des ruines mayas. Bon, sauf si on lui fait un bon prix, ça perd pas le nord un baroudeur.

Un baroudeur ça n’a pas de temps à perdre avec des visites culturelles. Sauf s’il y a des têtes de mort. Sauf si c’est au milieu d’une jungle luxuriante. Sauf s’il s’agit d’une cité maya incroyable perdue au milieu de la jungle.

Palenque

Quelques bébêtes croisées à Palenque.

Bébête croisée à Palenque n°1 : araignée aux couleurs de dangereuse tueuse. Nous on dit qu’elle bluffe. Mais on l’a pas touchée.

Bébête croisée à Palenque n°2 : iguane se chauffant la carcasse sur les ruines.

Bébête croisée à Palenque n°3 : cela ne se voit pas trop mais c’est un singe hurleur. Ils sont difficiles à prendre en photo. En réalité on les entend, surtout.

Bébête croisée à Palenque n°4 : des kilomètres de fourmis qui semblent bien décidées à démonter toute la forêt.

Bébête croisée à Palenque n°5 : celle-là elle est soit fantastique, soit éteinte depuis longtemps.

Palenque est un site réellement impressionnant, lové dans une jungle qui ne l’est pas moins. Et seulement 10% de la cité a été extraite de sa gangue de végétation ! Les archéologues du site ne seront pas au chômage demain.

Mais c’est pas tout ça, on a de la route nous. Alors on remet nos fringues mouillées, notre casque mouillé, on remonte sur nos motos mouillées, et on fonce à bride abattue vers le Yucatan. Parce que vous l’avez compris, un baroudeur ça glande pas.

A moins qu’il ne tombe sur une plage de sable blanc de la côte caraïbe. Mais ça, c’est une autre histoire.

Bookmarquez le permalien.

4 Comments

  1. Saludo aux gentils baroudeurs qui nous font profiter de « toutes leurs expériences » à travers ces commentaires vécus et photos exceptionnelles…
    Je continue à voyager avec vous, et certaines photos me rappellent beaucoup la Colombie…. D’où vous approchez !!! Il me tarde déjà la suite… Biz

  2. Merci Chris pour ce retour sur le coussin péteur ! Au final OK t’as encore un postérieur (alors qu’avec la selle d’origine tu l’aurais laissé vers le milieu du Canada), mais ça fait plein d’ajustements… Je reste donc satisfait de mon investissement dans cette superbe selle confort réhaussée de chez Touratech qui, elle, préserve le look de la bécane et évite les bruits et odeurs gênants pour les voisins.
    La bise à tous les deux, et bonne route surtout !

  3. Un baroudeur ça sait aussi prendre de belles photos, écrire de beaux articles, et partager tout ça avec ses potes et sa famille. Et ça ça fait de lui un mec bien.
    On pense bien à vous, et on espère que vous vous ne pensez pas trop à nous parce que ce serait dommage de rater juste quelques instants de ce que vous vivez pour de pauvres petits Européens en plein métro-boulot-dodo EUX.
    En tout cas bonne continuation les potos, on vous suit avec intérêt !

    PS: Chris, après plus de 20.000 km, c’est quoi le bilan concernant ton coussin péteur posé par dessus ta selle en bois ? Bien ou pas bien ?

    • Ola Xav,
      Merci pour ton commentaire qui nous fait bien plaisir !
      En ce qui concerne le bilan du coussin péteur, j’en suis ravi ! Comme tu te doutes, pour avoir la même bécane, je n’aurais pas pu partir sans une solution à la selle d’origine de la GS.
      Le coussin gonflable me permet d’au moins doubler le temps de confort sur la bécane. C’est peut-être l’habitude, mais j’ai passé des journées entières dessus sans avoir à me plaindre de mon postérieur. Non seulement ça ajoute du confort en épaisseur de selle, mais ça élargit aussi un petit peu l’assise, ce qui n’est pas négligeable sur cette moto. Recommandable donc pour de longues étapes.
      Mais il faut nuancer le constat. Premièrement, il faut trouver le bon niveau de gonflage, qui est en réalité très bas. Trop gonflé c’est insupportable, tu flottes sur ta selle (moins de feeling de la moto) et ça peut même devenir incommodant pour les attributs masculins. Deuxièmement, les sangles de fixation paraissent un peu « légères » et sont un peu longues pour la GS. Le coussin peut avoir tendance à bouger un peu en conduite active (virolos etc.) et à force de monter et descendre de la moto. Moi j’ai carrément rajouté un filet araignée par-dessus et c’est nickel (peut-être pas pour le look, mais c’est pratique ça me permet de caler des petits objets que je veux garder à portée de main). Aussi, l’assise boit un peu l’eau de pluie et sèche donc moins vite qu’une selle standard.
      Au final, ça reste pour moi le top pour mon utilisation actuelle. A considérer aussi, tu peux facilement le mettre et l’enlever pour retrouver ta selle de base (ce que je ne fais pas). Car ce coussin à mon avis ne se justifie que sur longues étapes un peu monotones. Trajets maison-boulot, balade-arsouille du week-end et autres situations où tu es actif sur ta moto, je ne suis pas sûr que ça ait un grand intérêt.
      Enfin voilà, j’espère que ça t’aidera et j’arrête là, tu vas me faire écrire un roman sur un coussin péteur !
      La bise des baroudeurs !

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