En attendant que ça embraye…

Nous voilà bien tiens… Installés dans l’hospedaje du « Turco » dans un petit village d’à peine 400 âmes au milieu de la pampa patagonienne, au bord de cette maudite Ruta 40, qui aura vu vos deux baroudeurs, accompagnés de ce bon vieux Rob’, s’empêtrer et se vautrer dans la boue et qui aura malheureusement eu raison de l’embrayage de la V-Strom, nous ruminons encore un peu d’avoir pris cette fâcheuse décision et d’avoir cru que nous pourrions passer. Mais trêve de pessimisme et de « si ma mère en avait… », il nous faut maintenant trouver un embrayage neuf, ou tout du moins en état de faire rouler la bécane, mais aujourd’hui c’est dimanche, alors nous allons d’abord penser à nous reposer car la nuit dans la boue a laissé quelques traces et pas uniquement sur l’ensemble de nos fringues.

Dimanche soir, nous avons la surprise de voir débouler Matthieu et Pamela qui nous ont finalement rejoint à la faveur de notre léger contretemps. Pour eux, le « ripio » a été une balade de santé à plus de 120 km/h, sur la terre devenu un véritable billard, tassée par le passage des 4×4 et asséchée par une journée de soleil et de vent patagonien. S’engage une discussion sur la continuité de notre voyage et les moyens de repartir au plus vite.

Nous nous rendons le lendemain dans la ville de Calafate, 170 kilomètres plus au sud, non sans avoir laissé la V-Strom dans le parking du commissariat de Tres Lagos. Il paraît en effet, plus opportun de se rendre dans une ville plus grande, où nous pouvons trouver un mécano et une poste au cas où nous devrions nous faire livrer la pièce. En plus, en ce moment, à Calafate, c’est la fête, on pourra peut-être se changer les idées. Avant même d’entamer la route, toujours balayée par ce satané vent d’ouest, nous remplissons nos réservoirs et nos estomacs et avons la joie de croiser de nouveau, Johnny et sa 125 cm3 en compagnie de Dany, un motard argentin. Dany a perdu son bidon d’essence additionnel sur la route et Johnny lui a dépanné quelques litres jusqu’à la station en échange d’une part de pizza. Nous passons donc la nuit à El Calafate, au bord de la Laguna Nimez, à l’abri du vent sur un terrain qui voit plus souvent des chevaux que des baroudeurs en motocyclette.

Le vent, ça fait des jolies choses dans le ciel #1

Bivouac à Calafate

Johnny et sa machette

Le lendemain, Johnny, Matthieu et Pamela continuent leur route vers le sud et nous allons nous poser dans une auberge de jeunesse. S’ensuivent quelques jours à envoyer des mails dans tous les magasins estampillés Suzuki du Chili et de l’Argentine, en commençant par les plus proches. A la fin de la semaine, une seule certitude… Va falloir s’armer de patience et d’onde positive.

Pour ça, il reste encore les paysages de Patagonie pour nous rebooster. Nous partons donc en milieu de semaine, au glacier du Perito Moreno, haut-lieu touristique de la région, dont la ville de El Calafate est le principal point de départ. Le Perito Moreno est un gigantesque glacier, un des seuls qui progresse encore, en son centre il peut bouger de 2 mètres par jour et de 60 centimètres sur ses flancs. Nous nous retrouvons face à un mur de glace de 5kms de long sur plus de 50 mètres de hauteur. Devant nous, le glacier s’étale sur plus d’une vingtaine de kilomètres. A l’affut du moindre petit craquement, de la moindre chute d’un bloc de glace, nous contemplons les magnifiques couleurs de cette merveille de la nature où le jeu des nuages et du soleil donne une vision différente à chaque instant. Un pur régal!

Le Perito Moreno











La fin de semaine nous apporte enfin quelques réponses concrètes sur la suite des événements. Un revendeur à Buenos Aires pourrait nous faire parvenir les pièces, mais à partir de lundi et en bus… et Santiago qui a également les pièces en stock pourrait les envoyer plus rapidement en avion, mais à quelques 1.000 kilomètres de là où nous sommes aujourd’hui… Intervient à ce moment précis, la solidarité motarde, incarnée cette fois-ci par Matias. Matias, c’est ce jeune motard « sponsorisé » et accompagné par son père, que nous avons croisé sur les ferrys de la Carretera Austral. Pour faire court, sensible à nos petites galères et conscients de la lenteur du processus, Matias a appelé ses contacts à Santiago, payé la pièce, envoyé son cousin aller la chercher directement au magasin afin de l’envoyer en courrier express à Puerto Natales, première ville chilienne proche de El Calafate. L’entraide entre motards ne s’arrêtera pas là mais en attendant, nous quittons l’auberge de jeunesse et Rob qui continue sa route vers le sud, le temps presse pour notre pote californien qui doit être de retour chez lui dans moins d’un mois. Nous retrouvons Juan, Azahara et Pedro, ainsi que Dany, dans un bar, à 10 kilomètres du centre ville, le Viejo Lobo. Le Viejo Lobo est le repère de Chicho, motard solitaire et personnage incontournable de El Calafate. Nous plantons la tente en bord de lac et attendons avec impatience la manifestation du week-end, un rassemblement de motards venus des 4 coins de l’Argentine.

El Viejo Lobo

Le vent, ça fait des jolies choses dans le ciel #2 et #3

Dany et Chicho en pleine discussion


Dany

Nous quittons le fief de Chicho pour nous rendre au rassemblement des motards. Grâce à Dany, membre fondateur des « Choppers riders » de Caleta, nous sommes introduits en tant qu’invités d’honneur de la manifestation. Nous formons, nous aussi, notre équipe, internationale et éclectique. Notre équipe au complet, c’est ni plus ni moins que 6 nationalités différentes, des motos et un combi VW! En effet, Juan, Azahara et Pedro ont rencontré la petite famille Vansteenwinckel. Simon, Carolina et leurs trois filles, Anna, Clara et Helena voyagent tranquillement, entassés dans un combi VW baptisé « Carlos ». Nous accompagnent également, pour cet événement, Radim et son amie, en KTM, que nous avions déjà croisé à Cuzco et un croate juché sur sa KLR 650, que nous appellerons « Le Croate » pour faire simple.

La manifestation commence doucement avec un petit asado le premier soir et du bon petit rock n’ roll dans les oreilles. On commence à faire le tour des bécanes, toutes bien lustrées pour l’occasion et de leur propriétaire, qui ont sorti leur plus beau cuir. Les choses sérieuses commencent le lendemain. La plupart des retardataires sont arrivés ce matin pour ne pas rater le clou de la manifestation, la visite du Perito Moreno! Pour nous c’est notre seconde visite mais nous n’avons aucune envie de rater notre premier « ride » à plus de 250 motos, dans un des plus jolis coins de la planète! Pendant que Chris admire la technique parfois hasardeuse de certains riders argentins, Tibo suit derrière, depuis le « combi-balai » décoré pour l’occasion du drapeau de la ville.

C’est pas désagréable de revoir le glacier, surtout que celui-ci nous gratifie de quelques chutes d’énormes blocs de glace qui font pousser des « oooohhh » et des « aaaahhh » à tous les touristes. C’est assez sympa de voir tous ces motards, tout de cuir et noir vêtus, se prendre en selfies tout sourire.

La soirée d’adieu vaut le détour avec groupes de métal, bières et asado à gogo! Le lendemain matin, dimanche, signe le départ des troupes et notre petit groupe se sépare une nouvelle fois.

Le bivouac de « Los extranjeros »

La scène

El Asado

Départ pour le Perito Moreno

Le Combi-balai





Simon et Carolina

Clara

Anna

Une belle moustache

Le Croate

Radim et sa copine

Chicho




Simon

Chris, Azahara, Clara, Anna et Pedro

Los Extranjeros



Nous nous rendons chez Chicho afin de lui demander l’hospitalité et nous en profitons de ces nombreux contacts en ville afin de trouver quelqu’un qui pourrait ramener la moto sur Calafate.
Lundi, accompagné par le chef des « Guanaco Macho », les motards d’El Calafate, Tibo se rend à Tres Lagos et rapatrie la moto chez El Mono, un mécanicien sérieux. Ce même jour, nous avons la confirmation que la pièce est partie de Santiago et qu’elle arrivera mercredi à Puerto Natales. Bonne nouvelle mais nouvelle interrogation, comment aller chercher la pièce? Il y a bien un bus qui part de El Calafate tous les jours à 7 heures du matin, mais le bus retour ne serait que le lendemain. Solidarité motarde une nouvelle fois, Matthieu et Pamela qui se tiennent au jus de l’avancée des opérations, nous mettent en contact avec Michelle, qu’ils ont rencontré quelque fois sur leur chemin. Michelle est actuellement à Puerto Natales et remonte vers le nord, à Calafate précisément! Après de longs pourparlers, Michelle récupère la pièce et c’est avec une joie non dissimulée que nous la retrouvons mercredi soir!
Nous retournons jeudi à la première heure au garage d’El Mono et récupérons la V-Strom avec un embrayage tout neuf le soir même. Nous passons notre dernière soirée chez Chicho, non sans le remercier vivement pour son hospitalité et son aide et reprenons enfin la route vers le sud, direction Punta Arenas au bord du Détroit de Magellan.

Les premiers kilomètres se passent sans encombre mais dès la première difficulté, une montée et un vent fort latéral, la V-Strom se remet à patiner!! Un premier arrêt ne permet pas de faire un diagnostic suffisant, nous décidons de continuer notre route à allure modérée, très modérée et nous arrêtons à la frontière chilienne, dans le petit village de Cerro Castillo où nous attendent Carolina, Clara et Helena. Nous avions prévu de passer leur faire un petit coucou pour une pause entre midi et deux, nous y passons finalement la nuit… non sans avoir au préalable, régler l’embrayage neuf défaillant!! Un simple petit réglage qui nous aura fait peur. Simon, Anna, Juan, Azahara et Pedro sont partis randonner dans le parc des Torres del Paine pendant quelques jours. Nous gardons cela pour le chemin du retour. Ushuaia n’est plus très loin et le temps commence à se rafraîchir.

Nous arrivons enfin à Punta Arenas, après avoir essuyé une belle petite rincée, et sommes reçus par Matthieu et Pamela (encore eux!) qui ont eu la gentillesse de nous réserver une petite chambre au chaud. Nous passons un dimanche reposant à rencontrer des voyageurs d’un peu partout, en profitant de la chaleur de la cuisinière à bois. Ce lundi, c’est remplacement des joints de fourche de la GS, achat d’un nouveau pantalon de pluie pour Tibo, « au revoir et à bientôt » à Matthieu et Pamela qui repartent vers le nord à la recherche d’un peu de chaleur et « Salut les copains » à Juan, Azahara, Carolina, Simon et leurs trois filles qui sont finalement redescendus de leur montagne.

Demain, c’est direction Ushuaia!

PS: Simon est photographe. Vous pouvez voir son travail sur son site www.simonvansteenwinckel.com


Puerto Natales, son fjord et son milodon


Bookmarquez le permalien.

5 Comments

  1. Bel exemple de solidarité « motarde », en effet, si, si, si ça marchait pareil pour tous les autres…
    Mais que le monde est beau, même sans les hommes !

  2. ces photos m’émeuvent terriblement…le mythique perito moreno doit laisser sans voix. magnifique! merci

  3. Des superbes photos (mes préfères je crois )
    Un embrayage tout neuf
    Que de bonnes nouvelles en somme

  4. Je préférais le Pérou quand même.

  5. Saludos chicos bravos !!! L’aventure continue… Je vous sens bien motives là…. La solidarité motarde n’est pas une légende !!! Une pure merveille ce Périto Moreno…. Adelante y hasta pronto !

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