La Bolivie, c’est bon pour le Morales

Ce fut un drôle de Noël. Exotique certes, mais quelle sensation bizarre de le passer loin de nos repères habituels. Cette année donc, il n’y aura pas eu de réunion familiale bruyante et festive, pas de cadeau au pied du sapin ni de distribution anarchique. Nous avons évité les cohues mercantiles de dernière minute, les lendemains à finir les restes et « Les douzes travaux d’Astérix » en exclusivité sur le petit écran. Pas non plus de cigarettes fumées dans la fraicheur hivernal, coupe de champagne à la main, tentant de digérer les excellents canapés trop vite ingurgités et attendant par miracle quelques flocons qui enchanteraient les enfants mais qui ne viendront jamais.

C’est, au final, le petit skype que nous avons pu avoir avec nos familles respectives qui nous aura rappelé que c’était bien Noël. Mais comme on vous l’a dit précédemment, une année de baroude à découvrir les merveilles du monde, c’est un peu Noël tous les jours.

Nous sommes repartis de Cuzco sans trop attendre. Manu reparti vers le pays qui est le notre, nous ne pouvions rester trop longtemps dans les rues de cette ville où résonnait encore le vrombissement caractéristique de notre baroudeur préféré… à nous tirer les larmes.

Nous repartons vers la Bolivie, promesse d’étendues montagneuses arides, de nuits glaciales et de pistes non goudronnées… On sera vite surpris par la diversité de ce pays enclavé d’Amérique du Sud. Et, en tout premier point, par le chargé des douanes à la frontière.

Après avoir longé la rive sud du lac Titicaca, nous traversons la frontière via une péninsule qui sépare le lac en deux parties. Après avoir fait tamponner nos passeports, nous voilà comme à chaque frontière, à devoir remplir les formalités administratives pour l’importation temporaire de notre moto. Une fois n’est pas coutume, le bureau est fermé entre midi et deux mais l’attente sous un beau soleil, n’entamera en rien notre joie de découvrir le pays.

Ça sent la gnôle quand nous mettons les pieds dans le bureau du petit monsieur chargé de nous fournir les papiers nécessaires. Néanmoins, nous ressortons 30 minutes plus tard, en règle, non sans avoir aidé au remplissage des documents administratifs. Il a fallu s’y reprendre trois fois tout de même… l’alcool andin est traître.




Les premiers kilomètres dans les montagnes boliviennes qui bordent le lac Titicaca, nous procurent des sentiments mitigés. En même temps que nous sommes émerveillés par le bleu scintillant du lac Titicaca, et par les sommets enneigés de la Cordillère Royale qui apparaissent à l’horizon, nous pouvons difficilement ignorer les dizaines de familles qui se succèdent en bord de route et dont les enfants agitent mains et chapeaux. Nous comprenons assez vite que ces enfants ne nous souhaitent pas la bienvenue mais qu’ils tentent désespérément d’arrêter les conducteurs afin de leur réclamer quelques bolivianos. Nous venons d’entrer dans un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud et ces enfants nous en envoient la confirmation.







Séparée de moins de 100 kms de la frontière, La Paz est notre première étape en Bolivie, pas la plus facile surtout en l’absence de carte GPS mais celle qui nous permettra, à priori de trouver quelques pièces nécessaires à notre prochaine révision. Après avoir parcouru l’altiplano qui sépare le lac Titicaca de la région de La Paz, nous arrivons dans la banlieue de La Paz, dans la ville de El Alto, perchée à 4.000 mètres d’altitude. Avant de devenir une ville à part entière, El Alto était considérée comme une banlieue de La Paz. Banlieue pauvre alimentée par l’exode rural, El Alto en garde aujourd’hui un urbanisme anarchique, véritable fourmilière où se croisent « collectivos » pleins à craquer, 4×4 puants et foule hétéroclite dont émergent en plus grand nombre les amérindiens Aymara qui tiennent la plupart des stands de ce marché géant à ciel ouvert. Nous mettons plus d’une heure à nous frayer un chemin à travers cet incroyable bordel pour enfin admirer la ville de La Paz, lovée dans sa cuvette, quelques 400 mètres plus bas. Ce qui nous attend en bas n’est pas plus tranquille. Afin de nous rendre au plus près du centre ville et d’y trouver une auberge pouvant accueillir voyageurs fatigués et montures suffocantes, nous suivons le téléphérique qui relie El Alto à La Paz. Mais véritablement noyés dans les flots continus des innombrables collectivos, prêts à vous envoyer au tapis si vous avez le malheur de les ralentir un tant soit peu, nous commençons à perdre patience et espoir, quand émerge face à nous, Thor, protecteur des hommes face aux forces du chaos, nous tendant une main salvatrice. Bon… en réalité, Thor n’a pas vraiment la carrure du Dieu scandinave mais il roule en Harley et dort dans un hôtel à quelques pas de là, qu’il s’est empressé de nous indiquer d’un pas vigoureux propre au motard qui s’apprêtent à en sauver un autre. Merci Thor.




Nous voilà installés dans un dortoir pour backpackers, nos motos à l’abri dans la cour intérieur, prêts à savourer une bonne bière avec Thor et Peter qui l’accompagne depuis leur traversée Panama – Colombie sur le StahlRatte, le cul sur sa vieille DR650… Les traversées romantiques sur les Caraïbes, ça rapproche. Nous passons notre soirée à échanger sur nos expériences respectives, les galères de motos, la capacité des Kunas à picoler (cf. notre article) et la bonhommie teinté de gangstérisme du capitaine Lulu.

Le lendemain, nous partons à la recherche des magasins Suzuki et BMW susceptibles de nous fournir les quelques pièces dont nous avons besoin pour assurer nous-même la prochaine révision de nos motos. Pour faire simple, filtre à air, filtre à huile et huile pour nos deux bécanes et si on pouvait en plus trouver quelques roulements, au cas où… on n’est jamais trop prudents. Tibo a plus de chance que Chris. Hormis les roulements, les pièces sont achetés pour la Suz’… en revanche, c’est chou-blanc pour Chris qui repart bredouille de chez BMW, la rigueur allemande n’a vraisemblablement pas fait le trajet transatlantique.

L’après-midi est l’occasion de visiter une partie du centre ville de La Paz dont la place Murillo, célèbre pour son horloge, installée sur la façade du palais de gouvernement. Celle-ci a la particularité de tourner à l’envers, symbolisant la rébellion du pouvoir bolivien face à l’ordre mondial établi.
Malheureusement, la pluie qui tombe abondamment en cette période de l’année, les températures ne dépassant pas la dizaine de degrés, le flot continu des collectivos crachant leurs odeurs nauséabondes ne nous laisseront pas un goût de reviens-y mais plutôt l’envie de s’enfuir à toute berzingue.







Thor parti vers d’autres horizons, nous passons la soirée en compagnie de Peter et de deux nouveaux compagnons, Mathieu et Pamela.
Peter, la cinquantaine bien entamée, auto-proclamé « asshole Peter », est allemand d’origine mais vit aujourd’hui aux Etats-Unis. Quand sa femme en a marre, elle l’envoie parcourir les quatre coins du globe en moto. Compte-tenu du nombre de pays parcourus, Peter doit effectivement être un beau trou du cul!
Mathieu vient du sud-est de la France et parcourt le monde, de l’Asie à l’Amérique, en passant par l’Afrique, sur sa BMW 1200 GS depuis quatre ans et demi maintenant. Il a croisé Pamela, nord-américaine, et son sac à dos, au nord du Mexique, il y a un an déjà. Ils ne se sont plus quittés depuis.

Ce soir-là, et afin d’échapper à l’enfer urbain de La Paz, nous décidons de nous élancer le lendemain dans la descente de la mythique route des Yungas, plus connue sous le doux nom de « la Ruta de la muerte ». Cette route relie La Paz (3.600 m) à Coroico (1.500 m) en se frayant un chemin à flanc de montagne. Un programme alléchant en perspective.

Nous partons le lendemain pour un aller-retour, en mode allégé, excités comme des puces sur le dos d’un chien bolivien, prêts à en découdre avec cette fameuse route de la mort! En réalité, depuis l’ouverture du tronçon goudronné qui en évite la partie la plus dangereuse, la route de la mort est devenue une attraction touristique où ne se croisent plus que touristes en vélo, en moto ou en 4×4. Une descente magnifique où nous aurons droit à nos quelques photos souvenirs « sensass » et à quelques bonnes douches en passant sous les cascades. Après une pause déjeuner dans la paisible et petite ville de Coroico, nous testons un autre aspect de cette route de la mort, qui aurait pu s’appeler la route de la crève. Il fait chaud et humide à Coroico, et la pluie se met à tomber de manière intense. Nous sommes déjà trempés quand nous entamons la remontée vers La Paz en empruntant l’itinéraire goudronné. La route qui débute à quelques 1.500 mètres d’altitude grimpe jusqu’à 4.600 mètres d’altitude avant de replonger vers La Paz. Au fur et à mesure de notre montée, la température baisse progressivement jusqu’aux 3 petits degrés en haut du col. Les organismes sont mis à rude épreuve et c’est avec un certain réconfort que nous rejoignons l’hôtel, abandonnant nos fringues trempés pour des habits secs non sans avoir profiter d’une bonne douche chaude. Néanmoins, notre décision est prise, nous quitterons demain la fraicheur de La Paz et la pluie pour tenter de trouver vers Cochabamba un peu plus de clémence et c’est pas la fourche de Tibo qui commence à suinter l’huile, qui va freiner nos envies d’ailleurs. On y va tranquille ok, mais on se casse!










La route pour y parvenir n’est pas une sinécure. Trois heures de route sous les pluies de l’Altiplano et des températures qui peinent à dépasser les 7 degrés, un passage de col sous la grêle non loin des premières neiges accrochés aux versants voisins, ne sont pas les conditions rêvées pour un motard. Heureusement pour nous aider, nous avons la musique dans les oreilles, et sans aucun doute, danser sur sa moto, permet d’oublier un peu ces conditions difficiles. Et puis se faire flasher par la police bolivienne et expliquer que malheureusement, notre connaissance du code de la route bolivien est assez limité, et qu’en l’absence de panneau de limitation de vitesse, il est difficile d’imaginer une limitation de vitesse à 80 km/h sur une 2×2 voies, ça vous pimente une journée.
Et puis, après une descente longue et réchauffante, Cochabamba et sa promesse d’ « éternel printemps » nous accueille enfin, avec du soleil et une température agréable et c’est pieds nus dans l’herbe du jardin de l’hôtel que nous oublions La Paz.






L’étape qui nous mène de Cochambaba à Sucre finit d’enterrer les mauvaises conditions rencontrées les jours précédents. « tu te souviens de la pluie hier? Ah ouais, putain, c’était génial!! la grèle et tout wahoou! ». Parce que des journées comme celle-ci, c’est du bonheur le cul sur une selle et la tête dans les nuages. Elle commence bien cette journée! Avant même d’entamer notre route, le magasin BMW de Cochabamba nous offre du café et a en stock les pièces dont Chris a besoin. On reprend la route plus tranquille du coup, et puis quelques kilomètres après être sortis de la ville, on s’enfonce dans la campagne bolivienne et la route se transforme en une route pavée longue de 60 kms. Une route qui vous tape l’arrière train à faire passer les punitions maternelles pour des caresses mais dont on se demande surtout combien de temps il aura fallu pour construire une route ainsi parfaitement pavée. A peine croyable… Il n’empêche, nous sommes bien contents d’avoir beau temps parce que mouillés, ces pavés peuvent vous envoyer à terre aussi vite qu’un ippon de Teddy Riner, en plus douloureux, et c’est pas les cyclistes du Paris-Roubaix qui nous diront le contraire.
Au sortir de cette route pittoresque qui aura fini de bousiller les joints spi de la Suzuki, nous nous régalons dans de larges courbes asphaltés dans un paysage qui nous fait penser au Maroc, même les chèvres sont là. Parfois le bitume laisse place à de plus ou moins longues portions de graviers sur lesquelles nous avons le loisir d’apprécier la bonne tenue des bécanes et le goût ferreux du sable dans la bouche.

Le soleil se couche quand nous arrivons à Sucre, la capitale historique de la Bolivie. Le premier hôtel trouvé n’a pas de quoi loger nos motos. Bon… ok pour cette nuit mais demain, on trouve autre chose!














Le lendemain, nous trouvons rapidement un hôtel, le bien nommé Pachamama qui, en plus de nous offrir une chambre privée (où on peut bien étaler nos affaires) et une salle de bain privative (où on n’est pas obligé de faire la queue sauf après le café clope du matin), est doté d’un grand jardin pour nos motos. C’est décidé, nous posons les valises pour quelques jours ici, le temps de réparer les bécanes qui en ont bien besoin.

Mais d’abord ce soir, c’est le 31! Alors, on se paie un petit resto et on va boire des bières jusqu’aux embrassades de minuit. Sur la place centrale, on retrouve par hasard Peter qui déambulait tranquillement parmi les nombreux passants. Nous passons la soirée à écouter Peter nous raconter ses nombreux voyages en Afrique, en Asie et en Europe. Les choses ont bien changé aujourd’hui, beaucoup de pays traversés par Peter ne sont plus vraiment conseillés pour les voyageurs solitaires… malheureusement. Nous revenons assister à la folie du passage à l’année suivante sur la place mais ici pas de décompte, pas d’embrassade, les pétards et les feux d’artifice partent dans tous les sens, dans tous les coins de la place… Minuit moins dix, minuit, minuit dix, peu importe. Alors on s’embrasse, on se dit que « Merde! On est en Bolivie! », que 2014 a été une sacré année et que 2015 démarre plutôt pas mal!










Ça sent un peu la fête dans la chambre le lendemain matin (midi pour être plus précis). En guise de petit-déjeuner, nous partons manger un « picante de pollo » au marché du coin qui aura le mérite de nous remettre d’aplomb et de nous renvoyer à la sieste directement pour digérer tranquillement. En fin d’après-midi, Tibo commence les révisions de la moto par un changement de filtre à air et nous voyons arriver Mathieu et Pamela, éreintés après avoir parcouru 200 kms de route non goudronnée pour nous rejoindre dans ce petit havre tranquille de Sucre. Au programme des prochains jours donc : révision moto, repos, visites avant de mettre le cap sur Uyuni, son salar et son Dakar!



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10 Comments

  1. Bonne année, les baroudeurs ! C’est toujours un plaisir de suivre vos aventures ! Take care !! La bizz de Paris.

  2. Oui, alors bonne année, le plaisir que vous prenez et vraiment communicatif, continuez ça fait du bien.
    Et pour une fois je vous embrasse.
    Michel

    • Bonne année chers baroudeurs. Vous me rappelez d excellents souvenir dans ces fantastiques paysages boliviens. Le salar d uyuni est magique et les lagunas aux flamands roses, le licancabou etc…… Coupent le souffle.
      Bises aux gracieuses vigognes et respects à la pachamama.
      Amicalement.

  3. Saluts les potos!

    Eh bien bonne année les gars! Qu’est ce que vous voulez que je vous dise de plus… Je vous souhaite encore et toujours du bonheur sur la route, c’est un truc de dingue d’enchainer comme ça tout ces pays qui font rêver!
    Je suis toujours avec vous , c’est toujours aussi bon de vous lire, alors continuer en 2015!

    Des bises de la Familia d’Auterive.

  4. Meilleurs vœux a vous deux , continuez c est toujours aussi passionnant et beau.

  5. Salut la big baroude!!!
    je me lasse pas de suivre votre périple dans ces magnifiques paysages !!
    Je vous souhaite une très bonne année, régalez vous et régalez nous !!
    Le Sal

  6. Bonne année les motards! Pendant ce temps j’ai rejoint le 3ème cousin à Auckland on vous souhaite une bonne année, continuez comme ça, vous faites rêver!

  7. bonne année les p’tits loups! régalez-vous longtemps!

  8. Bonne année les gars et merci pour toute ces photos de l’autre coté

  9. On finit par se demander s’il ne faut pas vous souhaiter quelques autres bonnes galères, genre tornades, inondations, routes coupées ou moto en vrac….Vous avez l’air d’y prendre tellement de plaisir!!

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