Manejando por la Panamericana

Voilà une semaine que nous avons quitté la foule de Bogota. Sept jours à rouler sur des routes dont les courbes épousent tant bien que mal les reliefs de la Cordillère des Andes, passant en quelques heures de 3.600 mètres d’altitude et quelques degrés au-dessus de zéro, à 200 mètres d’altitude et une bonne trentaine de degrés. Des heures à parcourir des montagnes grouillantes de vie, de cultures et de pâturages mais heureusement parfois si abruptes que même la plus grande volonté humaine ne serait la dompter. Nous voici vraiment entrés dans le seconde partie de notre voyage, au coeur des Andes, la plus longue chaîne de montagnes du monde, que nous allons suivre, contourner, apprivoiser et admirer durant les 5 prochains mois.

Il faut du temps pour sortir d’une ville comme Bogota. Surtout lorsque, logeant au nord de la ville, notre itinéraire nous fait sortir par le sud-ouest. Quelques doses de vigilance et de patience bien senties et nous voilà enfin loin de la pollution et du brouhaha de la capitale. Nous sommes encore dans la cordillère orientale oscillant entre 1.500 et 3.000 mètres d’altitude et les villages croisés ressemblent à des pépinières géantes aux senteurs multiples que même le plus fou des fleuristes européens ne pourrait s’offrir. Il faut dire qu’ici les plantes et fleurs ont tout pour s’épanouir: des températures clémentes sans trop d’écart, une humidité continuelle et un soleil qui sait se faire généreux. Autant vous dire qu’après 2 semaines de repos entre quatre murs, on s’en donne à coeur joie dans cette symphonie d’odeur et de couleur. Passés la ville, au nom de manga japonais, de Fusagasuga, la route descend progressivement et de manière rectiligne de 1.700 mètres à quelques 200 mètres lorsque nous croisons le rio Magdalena dans l’immense vallée que le fleuve a creusée. Pas le temps de profiter de la chaleur avoisinant les 34 degrés que nous voilà remontant la cordillère centrale afin de rejoindre de l’autre côté, la ville de Salento, notre première étape, blotties au creux des montagnes de la région du café. En trois heures de temps, nous passons le col de la Linea à 3.300 mètres d’altitude sous les nuages accrochés au sommet et nous redescendons vers Salento. En plus d’être charmant, le village se trouve non loin de la vallée de Cocora, connue pour abriter en nombre le palmier à cire de Quindio, symbole et fierté colombienne, dont la coupe est interdite depuis 1984.

Les palmiers à cire de Quindio

Le col de la Liñea

Salento et ses environs

Nous descendons encore un peu dans la vallée du rio Cauca dont Cali est la principale ville. Nous rejoignons la Panaméricaine avec son trafic dense et son activité humaine intense. La vallée est large et l’atmosphère est chaude et humide. L’idéal pour la culture de la canne à sucre dont les champs s’étendent à perte de vue tout autour de nous. La population créole, quasiment absente des alentours de la capitale est nettement plus présente dans cette région de Colombie. La vallée se resserre alors que nous descendons vers le sud et c’est du haut du toit de notre hôtel que nous admirons un magnifique coucher de soleil sur les cordillères centrale et occidentale au-dessus de l’effervescence de la route.

La vallée du Rio Cauca

On sait pas vous mais nous, on adore!

Des baroudeurs croisés sur la route

Les V-Stroms de la police

Une amazone…

Des fans…

La vue de l’hôtel

On aurait envie de s’y perdre dans ces montagnes mais nous avons un autre rendez-vous qui nous attend quelques deux milliers de kms plus au Sud. Hey Manu? On arrive!
On fait vite alors mais pas trop quand même. Nous rejoignons Pasto, ou plutôt le noeud de Pasto, l’endroit où les trois cordillères colombiennes se rejoignent (ou se séparent suivant là où on se place). Nous sommes subjugués par la beauté des montagnes et par les routes qui se frayent un chemin sur les versants escarpés. Ça tourne, ça contourne, ça chicane dans tous les sens, nous hésitons d’ailleurs entre attaquer un petit peu en se faisant plaisir mais nous sommes vite freinés par le besoin de tout voir, tout regarder et tout prendre en photos. Nous passons la frontière équatorienne à Ipiales, rien à voir avec les passages de frontières de l’Amérique Centrale. En 1h30, les formalités sont réglées et nous pouvons admirer la fin de journée sur le « bocage » équatorien et sur les volcans qui jalonnent les Andes équatoriennes. Sur les conseils d’un colombien amoureux de l’Equateur, croisé à la frontière, nous passons la nuit au pied du volcan Cotocachi, dans la ville du même nom.

La Colombie nous offre un au-revoir majestueux

Le « bocage » équatorien

Un peu plus loin, changement d’ambiance

Cotacachi

Nous en profitons pour aller faire un saut dans la laguna de Cuicocha, un cratère du volcan devenu un joli lac visité par les touristes puis nous continuons notre route sur la Panaméricaine dans la région dite de la Sierra, formées par les deux cordillères andines et le couloir inter-andin qui les sépare. Ce couloir traversé par la Panaméricaine, d’une altitude moyenne de 2.500 mètres, est surpeuplé. La montagne s’en ressent et la déforestation est un fléau en Equateur. On peut admirer les dessins et les tableaux formés par les nombreux champs, cultures et pâturages qui prennent place sur les versants des montagnes et volcans, tout en se demandant comment tout ceci peut perdurer dans le temps. Les racines des arbres faisant office de barrière à l’érosion, la qualité première des sols cultivés ne fera pas long feu après quelques années de pluies et d’érosion renforcée.

Nous ne pouvions pas passer en Equateur sans nous rendre dans la ville de « Mitad del Mundo » où passe la ligne de l’Equateur. Véritable attraction pour touriste, ce petit village est éloigné de Quito de quelques kilomètres. Nous sommes bons pour goûter au trafic de la capitale, qui s’étend sur plus de 50 kms. Pour assurer l’entrée à la ville, dont la population ne cesse d’augmenter à une allure impressionnante, la montagne a été cassée, modelée, si bien que nous avons l’impression qu’elle est complètement artificielle.

Nous passons la nuit dans la ville d’Ambato. Il parait qu’Ambato est renommée pour sa culture, sa gastronomie et sa musique, et pour être également la ville de départ pour des randonnées sur les volcans Chimborazo (le plus haut, 6.268 m quand même) et Cotopaxi (encore actif et haut de 5.897 m). Bon… arriver tard, passer la nuit dans un hôtel qui donne sur la rue principale sans double vitrage et repartir tôt, ça vous laisse comme un goût de pas terrible dans la bouche et on a juste envie de dire bof.

La laguna de Cuicocha

Les volcans sous les nuages

La mitad del Mundo

Sigando la Panamericana

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Pause repas

Pause admiration

Cuenca, notre étape suivante ne nous laisse, en revanche, pas indifférent. Pourtant trois fois plus grande qu’Ambato, elle nous apparait nettement plus accessible, plus jolie et plus paisible. Pourquoi donc? Est-ce parce que nous avons eu le loisir de la parcourir sous le soleil d’une fin d’après-midi? Ou peut-être est-ce du au calme de l’auberge de jeunesse que nous nous sommes dégotés? Ou bien est-ce dimanche qui rend les rues calmes? Ou tout simplement parce que c’est beau avec en prime un classement au patrimoine de l’Unesco?.. Non, franchement, on voit pas.

En revanche, le dimanche en Equateur, vendre de la bière ou toute autre boisson alcoolisée est interdit. Point de déconvenue, la Big Baroude trouve toujours une solution pour s’abreuver et nous prenons place dans le restaurant de Don Colon, revenu aux sources, après avoir fait ses classes dans de grandes enseignes aux Etats-Unis en ayant servi entre autre, Frank Sinatra et Dean Martin. Pour le coup là, c’est Chris & Tibo mais Don Colon ne fait pas de chichi, et nous avons le droit à la photo souvenir, à un bon repas, de la bière, du vin et un irish coffee… quand on vous dit qu’on se laisse pas abattre!

Cuenca

Don Colon

Sortis de Cuenca, nous quittons, non sans joie, la Panaméricaine qui prend la direction du Pacifique. Nous souhaitons rentrer au Pérou par la route qui nous semble la moins empruntée, la route de l’est à travers les montagnes. Au moment de choisir cette option, nous ne savons pas si cela se révèlera être une bonne idée mais nos trois motards allemands rencontrés précédemment et en avance de quelques jours par rapport à nous, nous informe que pour traverser la frontière Equateur – Pérou, la Panaméricaine, c’est pas le pied! Les kilomètres qui séparent Cuenca de Vilcabamba, dernière étape avant notre entrée au Pérou, nous donne raison et c’est avec sérénité que nous roulons sur des routes toujours aussi belles et sinueuses et cette fois-ci sans camion, sans ville surpeuplée et sans cochonnerie mais avec des cochons au bord des routes.

Vilcabamba est un petit village perdu dans les montagnes réputé pour abriter quelques centenaires. Un petit coin de paradis au climat doux et tempéré, protégé par les montagnes environnantes. Nous comprenons vite que les gens souhaitent y vivre le plus longtemps possible. Sa réputation faite, le village accueille depuis quelques années quelques vieux babas-cool venus y pratiquer yoga et autres pratiques zen. On rigole bien en voyant ces vieux beaux hippies proposer massage sur les tables en terrasse de bar pendant que les chiens errants vous lèchent le visage. Sans façon pour nous, en revanche, nous profitons du Rendez-vous, un hôtel tenu par des français, entouré d’un jardin exotique de toute beauté.

Un fan…

En chemin

L’hôtel « Rendez-vous »

Les environs de Vilcabamba

Il ne nous reste que 150 kilomètres à parcourir avant de rallier le Pérou. Nous basant sur notre moyenne qui, depuis le Belize, oscille entre 60 et 70 km/h, nous partons vers 9 heures du matin dans le but d’arriver à la frontière péruvienne un peu avant midi. Il est 18 heures quand nous entrons au Pérou… A vouloir prendre la route la moins empruntée, nous n’imaginions pas nous retrouver à faire 150 kms de chemins de boue et de pierre, sinueux au point de nous donner le tournis. Enfin, nous n’imaginions pas mais au fond de nous même, ce genre de route, on en rêve depuis que nous avons débuté l’aventure. Alors certes, nous n’avançons pas, nous sommes crispés lorsqu’il s’agit de traverser une portion, tellement molle qu’on a l’impression de faire de la draysienne nos deux pieds en bascule, mais nous sommes tellement heureux loin de tout tumulte, à nous faire tremper les jambes lorsqu’il s’agit de traverser une rivière et à voir nos motos pleines de boue! Des fois, c’est malheureusement moins drôle car une erreur d’appréciation sur la qualité du revêtement peut vous envoyer au tapis en moins de deux. C’est Chris, cette fois-ci, qui en a fait l’amère expérience. La boue, c’est sympa pour les rhumatismes mais ça dépend comment on tombe dedans. La boue, c’est drôle quand c’est mou, quand ça vous gicle à la figure ou que ça rend fou maman parce « comment elle va rattraper cette tâche-là?! ». Quand elle glisse comme une patinoire, qu’en dessous c’est dur comme de la pierre, ça vous met un baroudeur les quatres pattes en l’air avec en prime, une caisse défoncée et une confiance égratignée. Mais fort comme un baroudeur, Chris accroche sa caisse avec les moyens du bord, frotte son blouson, commence déjà à se reconstruire la confiance perdue en disant « merde » à la boue et « fuck » à la douleur.

Nous arrivons à la frontière péruvienne dans un piteux état, il faut l’avouer. Mais la bonhommie du garde-frontière nous donne le sourire et nous repartons pour les 50 derniers kilomètres qui nous séparent de notre première étape, San Ignacio. Enfin l’asphalte pour ces derniers kilomètres. Mais ici, comme souvent lors de notre route dans les Andes, la montagne tend à nous rappeler qu’elle souhaite parfois reprendre sa pente naturelle, perfectionnée par des milliers d’années d’érosion, et mis à mal en quelques années par les hommes et leurs tractopelles. De nuit, il nous faut rester vigilants avec les roches tombées sur la route voire parfois tout un pan de montagne, une dernière petite dose de stress, mais qu’est-ce que c’est bon d’être là où nous sommes!

Bookmarquez le permalien.

4 Comments

  1. Même si ça me fait râler de lire vos aventures, ça fait aussi de bien, j’ai des fois l’impression de vous suivre… Merci!

  2. Un baroudeur, ça bouffe du bitume, ça fait pas de pause, un baroudeur ça avale des kilomètres, un baroudeur ça glande pas disiez-vous ? Mais un baroudeur, ça passe une petite dizaine de jours avec sa chérie et une petite vingtaine de jour avec un pote venu de la terre d’origine ? Le baroudeur n’est plus ce qu’il était … le baroudeur faiblit … mais le baroudeur prend toujours le temps d’écrire de beaux articles alors on lui en voudra pas !!!! des bisous !

  3. Toujours aussi heureux!
    N’oubliez pas une petite offrande à Pachamama. Ca peut pas nuire..

  4. Super photos, quel paysage et c’est sympa de voir… des machines et des hommes
    Sympa aussi les photos de locaux et leurs véhicules
    Bonne route

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