Pura Vida !

Et une frontière de plus ! Remarquez, on commence à être rôdé, et après les quelques petites heures habituelles de paperasserie, dans une atmosphère toutefois moins kafkaïenne que ce que nous avons connu précédemment, nous voici au Costa Rica ! Nettement plus connu et plus touristique que les autres pays d’Amérique centrale, le Costa Rica se distingue de ses voisins par des politiques parfaitement fantaisistes. Voici un pays qui a décidé de fermer les portes de ses casernes et d’ouvrir celles de ses zoos !

Ici, pas d’armée donc, ni d’animaux en captivité. Intéressant, cela donne envie d’en apprendre plus. Mais le temps nous est compté, le rendez-vous avec notre bateau au Panama à destination de la Colombie approche à grands pas, et nous n’avons que quelques jours pour entrevoir et goûter les richesses du Costa Rica. Parce que le Costa Rica est riche. Riche de sa nature, sa biodiversité, ses parcs (un quart du territoire est occupé par des parcs nationaux !). Riche aussi de son tourisme. On croise notamment pas mal d’américains venus s’offrir un break de quelques jours, d’autres ayant clairement élu domicile au pays de la « pura vida ».

Mais la « pura vida » a un prix, qui s’accorde curieusement mais précisément au diapason du niveau de vie américain. Le Dollar US est d’ailleurs accepté partout, il est possible d’en retirer dans n’importe quel distributeur, et les caisses enregistreuses des magasins sont programmées pour convertir instantanément les Colones locaux en Dollars. Peu au fait du taux de change local, la première note d’épicerie nous fait brutalement remarquer la différence avec le Nicaragua, où nous en étions presque arrivés à ne plus faire attention aux prix. Bref, ce n’est pas ici que nous allons faire des économies, mais nous allons nous arranger pour profiter sans dépenser exagérément.

Une fois la frontière passée, nous poursuivons donc notre route au sud en direction de la péninsule de Nicoya, non sans se faire régulièrement et intensément humidifiés par les pluies tropicales – ça devient une habitude.

Notre première étape est programmée à l’extrémité de la péninsule, dans le petit village de surfeurs de Montezuma. Malgré une distance à parcourir raisonnable, nous avons pris du retard, et c’est de nuit que nous quittons l’asphalte pour parcourir les derniers kilomètres qui nous séparent du village. La piste est heureusement assez ferme et caillouteuse pour être praticable malgré les pluies récentes. Mais la journée a été longue et c’est sans bouder notre plaisir que nous récupérons les clés de notre maisonnette individuelle et que nous ôtons nos vêtements trempés pour nous mettre à l’aise.

Les trois prochains jours se passeront en maillot de bain et tong. Et les activités seront au niveau de la tenue, entre baignade au pied d’une cascade, balade sur la plage et surf. Le tout au sein d’une nature superbe, riche et préservée. On surprend même des singes capucins qui chahutent et sèment la pagaille de bon matin sur notre terrasse. Polissons de capucins !






Marcher une demi-heure dans la jungle en bord d’océan planche de surf sous le bras, découvrir une plage déserte de deux kilomètres de long, contempler un moment les vagues qui déroulent à nos pieds, se poser une minute, prendre un tout petit peu de recul, réaliser la magie du lieu, la magie du moment et le côté extraordinaire de ce que nous vivons.








Nous quittons notre charmante maisonnette de Montezuma pour nous rapprocher du Panama. Après 1h30 de ferry qui nous économisent de nombreuses heures de route, nous rejoignons Puntarena. De là nous mettons cap au sud et une petite route aussi belle que sinueuse nous mène jusqu’au petit village de surfeurs de Dominical, toujours sur la côte pacifique.

Même si baignade et balade sur la plage sont au rendez-vous, nos ardeurs de farniente sont régulièrement rafraîchies par de redondantes pluies tropicales… Ce n’est pas bien grave, car notre bonne étoile (que nous saluons) nous offre une belle matinée pour visiter le célèbre parc Manuel Antonio.

S’il fait partie des parcs les plus visités du Costa Rica, c’est certainement parce qu’il offre, sur un site d’une surface limitée et facilement accessible, des richesses naturelles et une réserve de biodiversité exceptionnelles. Et, saison des pluies oblige, les touristes ne sont pas aussi nombreux qu’à l’accoutumée. Nous avons donc le loisir d’arpenter ses sentiers balisés (et aménagés, succès touristique oblige) dans une relative tranquillité, sans trop de ces groupes de visiteurs qui ont la faculté reconnue de faire fuir toute vie animale alentour par leurs conversations bruyantes…

C’est dans une de ces allées que nous sommes surpris par le vol de rapaces qui nous frôlent la tête. Notre canadien de Jesse, qui doit faire une tête de plus que nous, est même frappé par une aile derrière le crâne ! Nous avons été surpris par ces chauffards aériens mais avons bien ri. Du point de vue de la faune sauvage, ces allées aménagées apparaissent probablement comme de vraies autoroutes tracées au milieu d’une épaisse jungle. On n’est en revanche rarement surpris par un paresseux et, si on ne nous le montre pas, on a toutes les chances de passer à côté, ou en-dessous de sa branche, sans le remarquer. On nous en a montré, et le paresseux semble bien mériter son nom. Il a l’air de se foutre royalement de l’effervescente activité de ses colocataires de jungle. Lui, il fait les choses à son rythme, tranquille. Et puis ça a une trop bonne frimousse un paresseux, une de ces frimousses à laquelle on pardonne tout d’avance. Ce n’est pas comme les singes capucins, qui sont en vérité de vraies crapules.

Notre balade sur les sentiers nous a mené jusque sur une plage paradisiaque : sable blanc, cocotiers, eau turquoise, vous voyez le tableau. Mais cette plage est le territoire d’un gang de capucins qui sème la terreur parmi les visiteurs ! Nous avons eu le malheur d’attirer leur attention en sortant un paquet de biscuits, et nous nous sommes rapidement retrouvés cernés par une demi-douzaine de morfales agiles et rapides comme l’éclair. Pendant qu’une partie du groupe attire notre attention en tirant des tronches pas permises, nous nous rendons compte qu’un autre a la tête et un bras fourrés dans le sac de Tibo ! Pas le temps de dire ouf, et voilà la crapule qui remonte dans son arbre un paquet de cigarettes sous le bras ! Après avoir constaté par un coup de canine que le tabac n’était en rien comestible à son goût, le chenapan lâche finalement prise et jette le fruit de son larcin à quelques pas. Il n’aurait pas fallu qu’il parte avec un appareil photo ou un passeport le bougre. Mais nous nous ressaisissons rapidement et, après avoir rétabli notre autorité de primates évolués (et beaucoup plus gros), le gang abandonne la partie et court, grimpe, saute le long de la plage à la recherche d’une future victime.

Méfiez-vous des capucins, ils sont mignons mais ce sont de vraies crapules, on ne le dira jamais assez.


Aras en pleine engueulade



Parque Manuel Antonio




















Délire passager : la prochaine fois Chris part en avion


Nous quittons le Costa Rica et sa faune tumultueuse pour finalement rejoindre le Panama.

Nouvelle frontière, que nous pensions être une formalité, mais les autorités demandent ici à ce que nous leur présentions 500 US$ en cash, ou la preuve d’un dépôt au moins équivalent sur notre compte bancaire. Voilà autre chose. Nous nous en sortons après quelques péripéties, Tibo en montrant une application sur son Ipad qui semble les satisfaire, Chris avec une liasse de dollars qui devait représenter la moitié de la somme mais assez épaisse pour les convaincre et Jesse après une visite dans un café internet non loin. Cela ne paraît pas grand chose, mais cela représente facilement une heure de plus à la frontière, entre attente, parlotes, attente, recherche d’informations, parlotes, faire la queue etc. Pour finalement obtenir ce tampon sur nos passeports. Bref, nous nous en sortons et atteignons Panama City le lendemain, après une étape d’un soir dans le village de Boquete.

A Panama, nous nous rendons à l’hôtel recommandé par le capitaine du bateau que nous rejoindrons le surlendemain, et rencontrons Gary et Jochen, deux motards en partance sur le même bateau que nous. Gary est irlandais, Jochen allemand.

Nous passons la soirée à papoter de nos voyages respectifs, et convenons, après un nombre déraisonnable de bières (c’est évidemment l’irlandais qui a commencé, mais l’allemand ne s’est pas laissé faire, tandis que le canadien surenchérissait et les français faisaient de leur mieux, et sans démériter, pour garder la tête hors de l’eau) de visiter ensemble le lendemain les écluses de Gatun, porte du canal de Panama sur l’Atlantique.

Pause déjeuner à la frontière Costa Rica – Panama







Le lendemain, nous avons rendez-vous avec le Stahlratte, rat de fer en allemand, et son équipage – Ludwig aka Lulu aka Captain, Miguel et Sacha – à Carti, dans la réserve des indigènes Kuna sur la côte caraïbe.

Nous retrouvons sur place trois motards allemands croisés auparavant au Salvador et au Nicaragua. Le chargement des motos s’effectue rapidement et sans accroc, l’équipage de ce bateau est visiblement habitué à ce type de marchandise. Nous embarquons dans la foulée, et après un bon déjeuner sur le pont, nous passons l’après-midi entre baignade, plongeons, sauts à la corde depuis le bateau, puis enchaînons sur une première soirée animée, et arrosée. Cela promet pour les prochains jours !

Le lendemain matin, nous accueillons 7 membres d’équipage supplémentaires, sans moto eux, ce qui porte au final l’équipage à 18 personnes. L’équipage oui, car pour l’anecdote, l’organisation qui gère le Stahlratte étant une association sans licence pour le transport de passagers, nous faisons tous partie de l’équipage, en stage de voile…






L’équipage au complet donc, nous mettons le cap sur l’archipel des San Blas. Deux heures plus tard, c’est une vision de rêve qui s’offre à nos yeux : nous jetons l’ancre au milieu de quelques ilôts de sable blanc inhabités et recouverts de cocotiers. La soirée se déroule autour d’un barbecue sur la plage d’un îlôt dont on fait le tour à pied en moins de 5 minutes. On rencontre sur place quelques locaux Kuna qui passent la nuit sur l’île pour pêcher le lendemain.

Les Kuna sont des indigènes nomades venus de Colombie (le Panama était autrefois partie intégrante de la Colombie, avant son indépendance en 1903) et installés depuis sur les côtes faces à l’archipel. Ceux que nous avons rencontrés sont petits par la taille, mais hauts en couleurs, et jamais contre une occasion de participer à un barbecue, boire quelques bières ou un peu de rhum, raconter des bêtises, notamment avec Lulu notre Capitaine qu’ils apprécient particulièrement et qui le leur rend bien. Ils sont tous intéressés par enrichir leur vocabulaire de quelques mots supplémentaires dans chacune des langues représentées à bord, notamment pour pouvoir faire quelques bonnes blagues sous la ceinture, mais aussi on s’en doute pour faciliter le négoce avec les plaisanciers de passage dans l’archipel. On finit tous cette soirée un peu « moumou », équivalent Kuna de l’espagnol burracho ou du français bourré. Au milieu des blagues, on aura saisi que les Kuna ont lutté pour obtenir la sanctuarisation de leur territoire et que le gouvernement panaméen n’est pas particulièrement concerné par leur sort.

Le lendemain, nous faisons un peu de snorkling le long du récif autour des îles, cela permet d’éliminer quelques toxines et de voir quelques beaux poissons, gros coquillages, étoiles de mer etc. Le soir nous avons droit aux langoustes pêchées par les Kuna quelques heures auparavant. Ils nous rejoindront à bord plus tard dans la soirée pour une dernière bonne tranche de rigolade.

 

Lulu, el Capitan






Le Stahlratte au mouillage dans les San Blas

Vue depuis les lieux d’aisance…

Dos amigos Kuna

Le lendemain matin, levage d’ancre à 5h30. Réveillés par l’antique diesel qui s’ébroue en salle des machines, on quitte l’archipel des San Blas pour 28 heures de route en haute mer direction Cartagena en Colombie. Le soleil se lève à peine lorsqu’on sort du récif, et nous faisons partie des 5 vaillants debout (soit le Capitaine, un membre d’équipage « non stagiaire » et trois motards), en admiration devant le spectacle, mais parés à la manœuvre. On donne un coup de main pour hisser les voiles et nous voilà en train de filer à allure modérée vers la Colombie.

Aparté : alors on voit venir les remarques de certains. Non, on ne marche pas à voile et à vapeur, mais voile et diesel. Et seulement jusqu’à Carthagène, après on remonte sur nos montures de prédilection. Non mais.

Lever de soleil sur la caraïbe

Et pour finaliser le tableau idyllique, quelques dauphins joueurs viennent surfer quelques temps devant l’étrave du navire, comme pour nous saluer. Adios San Blas !

Une fois en pleine mer, ça bouge un peu plus, ça tangue, ça gîte, qu’en savons-nous ? Nous sommes toulousains, pas bretons. Mais nous sommes heureux de constater que nous ne faisons pas partie des quelques personnes à souffrir du mal de mer ce jour-là. Tant mieux pour nous, nous apprécions pleinement la traversée, hypnotisés par le bleu profond de l’océan et le son lancinant du moteur diesel tournant à 280 tours minute : « takata katakata katakata katakata katakata… »

Bon, c’est notre version mais pour la petite histoire, chacun a son interprétation des paroles que radote le vieux moulin de notre bateau.

Version espagnole : « que te llama, que te llama, que te llama… »

Version Kuna : « sisi maké, sisi maké, sisi maké… »

Version du Capitaine Lulu : « saya maké, saya maké, saya maké… »

Nous nous abstiendrons ici de traduire les versions Kuna et celle du Capitaine. Nous vous rappelons simplement l’orientation de l’humour Kuna, largement sous la ceinture… Le capitaine, évidemment, est pire.

Une page se tourne, et c’est avec des images plein la tête et des souvenirs que nous n’aurions jamais pu rêver que nous disons Adios à l’Amérique centrale. Nous nous apprêtons dans quelques heures à ouvrir un nouveau chapitre, et pas des moindres. Amérique du sud nous voilà !

Cartagena, Colombia

Bookmarquez le permalien.

8 Comments

  1. Merci pour vos aventures très bien écrites et magnifiquement illustrées. Au plaisir de vous lire à nouveau bientôt!

  2. Photos sensationnelles. Merci. J’attends le prochain récit.

  3. Je reprendrais bien une tranche de rêve….. Me tarde la suite… Et les photos magnifiques qui vont avec !!! Bizzzzzz

  4. Et dire que demain je vais au bureau à….La Défense :-(
    Bonne route les gars.
    JM

  5. PO PO PO !!! rien qu’ça !!! si vous ne pensiez même pas en rêver avant, vous savez maintenant que vous pourrez en rêver à l’avenir, puisque vous l’avez vécu … et vous nous faites rêver, une fois de plus … bon, on redescend sur terre, y’a encore des bornes à avaler ! et nous, on pense bien à vous ! Big Bisous !!!!

  6. Je suis très heureuse pour vous, c’est génial ….. bon, je suis aussi un peu jalouse et envieuse là tout de suite …. ;-) merci pour ce partage et vivement la suite !!! Bisous …. see u (very) soon guys !!

  7. C’est pas bientôt fini de prendre votre pied comme des bienheureux ??? Votre récit me rend dingue !!!

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