Vers de nouveaux horizons

Il n’est pas facile d’écrire un dernier article… Peut-être n’avions-nous pas envie de finir trop vite cette aventure extraordinaire qui a rythmé notre vie durant onze mois? Ne pas tirer un trait trop rapide sur ces rencontres merveilleuses, ces paysages incroyables, rester encore un peu dedans… ou peut-être est-ce juste parce que la vie « normale » a repris le dessus trop rapidement comme si nous ne l’avions jamais quitté? C’est donc la veille de notre reprise professionnelle que nous nous sommes décidés à écrire les (probables) derniers lignes de ce blog qui aura, à l’instar des routes américaines, jalonné notre périple.

C’est sur la route vers Buenos Aires, terminus de la Big Baroude, que nous vous avions laissé, à quelques centaines de kilomètres de la capitale argentine. Une certaine envie de prendre notre temps, de profiter des derniers instants d’oisiveté, nous conduisent donc dans la petite station thermale de Federacion sur la rive droite du Rio Uruguay. Le camping que nous dégotons borde le rio qui, en raison d’une retenue plus au sud, prend des allures de lac paisible. En face de nous l’Uruguay, que nous saluons avec tendresse, nous rappelant l’accueil que ses habitants nous ont réservé quelques semaines auparavant.

Nous prenons rapidement nos marques dans ce camping désert où nous sommes adoptés par un jeune et fougueux chien roux qui, en l’échange de quelques papouilles, veille à ce que notre séjour ne soit importuné par quelconques individus belliqueux. D’individus belliqueux, point à l’horizon. En revanche, nous faisons la connaissance de Fernando. Adepte récent de bicyclette, Fernando parcourt la région et d’après ce que nous pouvons comprendre de sa gouaille pleine de vélo(féli)cité, aime à partager asado et bonne humeur avec tout ce qui ressemble de prêt ou de loin, à un voyageur. Camping-cariste, couples en petite voiture, baroudeurs en moto ou congénères en vélo, personne ne semble échapper à la bonhommie teintée d’hyperactivité de ce néo-sportif à roulettes. Ni une ni deux, nous voilà en portrait sur son mur Facebook, heureux d’y accrocher ses premiers français!

Après une petite semaine à profiter de la zénitude du camping de Federacion, nous reprenons la route afin de rejoindre le parc national El Palmar, à 100 kilomètres plus au sud. Dans notre rétro et sur des centaines de mètres, nous voyons notre jeune ami canin tenter, au prix d’une course folle, de nous suivre, nous qui lui avons donné, pendant quelques jours, les caresses trop peu nombreuses pour cet orphelin à poil roux. C’est qu’il a presque réussi à nous tirer une larme le bougre!

Fernando

Visiteur du soir

Le parc national El Palmar, situé lui-aussi sur la rive argentine du Rio Uruguay, préserve de l’activité agricole fortement présente dans cette région, et sur plus de 80 km2, une végétation particulière faite de palmiers yatais. L’occasion pour nous d’aller musarder dans la forêt qui borde le rio, dont quelques maigres ruines témoignent de l’activité humaine passée et regorgeant d’espèces ornithologiques. Mais pas que… au détour d’un sentier, nous rencontrons enfin le tant attendu Capybara, le plus gros rongeur du monde, assez étrange pour que les scientifiques débattent encore sur sa classification. On vous laisse juge au regard de la seule photo potable que nous ayons pu prendre malgré le caractère sociable de l’animal. Nous avons bien tenté de l’appâter avec nos barbes fraîches et gouteuses mais rien n’y a fait, monsieur préfère l’herbe fraîche des sous-bois ou les végétaux aquatiques!

Parc national El Palmar

Ruines






Le capybara


De retour au camping pour une nuit qui s’annonce paisible, nous comprenons enfin ce que cachent les barrières en bois qui entourent certains arbres. L’aire de camping est en plein territoire des viscaches des plaines. Pour faire simple, la viscache des plaines est une sorte de gros chinchilla qui se prend pour Zorro avec son masque noir sur les yeux. Après avoir été déclaré « peste nationale » en Argentine dans les années 50, accusée de ravager les plantations de soja (à tort), la viscache est aujourd’hui partiellement protégée mais reste cantonnée dans des zones loin de toute activité agricole. L’animal sort de son terrier dès le soleil couché pour y retourner dès que les premières lueurs du jour réapparaissent. Alors quand un baroudeur sort en pleine nuit pour soulager une envie pressante, il ne vaut mieux pas être cardiaque. Si vous avez le malheur de vous diriger au feeling dans la nuit noire avec en sus une myopie handicapante, vous risquez fort de vous diriger vers un groupe de viscaches occupées à tondre la pelouse et de réveiller ainsi chez elles l’instinct maternel et déclencher une ire digne de ce bon vieux Taz, le diable de tasmanie qui a bercé notre enfance « Adada prout babono!! »






Et puis, il fallait bien y arriver un jour… Buenos Aires, synonyme de fin d’aventure et de l’insouciance qui l’accompagne. Nous avons rendez-vous avec Javier & Sandra de Dakar Motos. Javier & Sandra se sont spécialisés, il y a quelques années déjà, dans le fret des motos en provenance ou à destination de Buenos Aires. Fort de notre expérience à l’aller, nous pensons être armés pour les difficultés qu’engendrent l’envoi de motos d’un continent à un autre. Mais contrairement à l’aller, nous optons pour un envoi en avion cargo, à priori un peu plus onéreux que le fret maritime mais évidemment bien plus rapide. Et puis de cette manière, nous rentrons en moto et ça, ça n’a pas de prix. Direction donc Madrid pour les motos, nous devrions suivre quelques jours après en espérant ne pas avoir à les attendre. Et de difficultés… que nenni! Presqu’aussi simple qu’un courrier postal. Imaginez donc:
lundi > rendez-vous chez Javier & Sandra pour explications et versement d’acompte
mardi > direction l’aéroport pour préparation motos
mercredi > paiement à la banque
Jeudi, il ne nous reste plus qu’à attendre un message nous indiquant que les motos sont bien arrivés au terminal fret de Madrid. Message reçu le jour suivant, à nous de les rejoindre à Madrid, lundi 11 mai si tout va bien!

L’efficacité avec laquelle Javier & Sandra se sont occupés de nos motos et en l’absence de contretemps fâcheux, nous avons pu en profiter pour découvrir une nouvelle fois Buenos Aires, profiter de son climat automnal sec et ensoleillé, fouler les patchworks que forment les trottoirs de la ville, faire des achats-souvenirs dans la cohue du marché de San Telmo en grignotant un choripan, vainement tenter de percer le caractère populaire de Boca, apprécier la convivialité d’un ultime asado en compagnie de backpackers sans frontières, écouter chanter encore une fois l’accent argentin empreint d’un chauvinisme latin, tout faire en sorte, afin de ne pas voir approcher trop vite le retour à une vie que nous ne connaissons que trop bien.

Buenos Aires






Envoi des motos



Dernières balades dans Buenos Aires







Et dernier Asado!

C’est un même sentiment qui nous anime en posant le pied à Madrid: prolonger le plus possible le chemin avant de reprendre une activité normale. La fatigue a tout de même raison de nos organismes lorsque nous enfourchons de nouveau nos fidèles montures, lundi 11 mai vers 14 heures, après un voyage sans sommeil de 12 heures, une attente interminable pour récupérer nos bagages et des paperasses à remplir d’un bureau à un autre pour libérer nos motos de leur entrepôt. Malgré la fatigue, nous nous éloignons quand même de Madrid pour nous retrouver dans un petit village du nom de Manzanares el Real où nous louons une chambre confortable dans un gîte avec vue sur les montagnes. C’est que nous avons pris de mauvaises habitudes de l’autre côté de l’Atlantique!

Après une bonne nuit de sommeil, nous reprenons la direction de la mère Patrie et sur notre chemin, nous bifurquons pour un petit tour dans le parc naturel des Bardenas Reales. Et c’est ainsi qu’en parcourant des routes bordées de coquelicots, qu’en traversant des villages surannés, qu’en admirant les jeunes champs de blé et qu’en chauffant sous le soleil ibère, on finit par se demander avec malice et provocation, ce que nous sommes bien aller chercher si loin de chez nous! La réponse nous est donnée le soir même par les yeux pétillants d’un baroudeur belge, à la moustache impressionnante, lorsque nous lui contons notre aventure, et par le sourire brésilien de la serveuse du camping!

Madrid

Manzanares el Real

Parc naturel des Bardenas Reales










La France nous tend les bras à Dancharia, village basque frontalier, et nous accueille avec un brouillard dense accroché aux modestes sommets pyrénéen en conséquence de quoi, la température chute brutalement d’une quinzaine de degrés et refroidit nos organismes habitués depuis quelques temps maintenant à des températures plus estivales. Bienvenue chez nous! Le confit de canard gargantuesque que nous offre la grand-mère de Chris à Saint-Paul-les-Dax nous réchauffe les sens et à sa manière, nous souhaite la bienvenue dans notre cher Sud-Ouest!

Le lendemain, est venu le temps de nous dire au-revoir… tout en retenue car aucun mot ne nous semble adapté à l’instant. Tibo part surprendre ses parents non loin de là à Capbreton et Chris retrouver sa petite famille dans les Pyrénées Centrales. Une fête est prévue pour les retrouvailles avec les amis avant de sauter la tête la première dans le tourbillon d’une vie « normale » mais pas banale!

Les Pyrénées basques



Encore aujourd’hui, il nous semble difficile de regarder vers l’arrière et de faire un bilan de cette année passée loin de nos vies professionnelles, familiales et amicales. Même le temps paraît avoir raccourci et ce n’est que lorsqu’on se rappelle toutes nos découvertes, rencontres, que nous sommes capables de comprendre qu’il a fallu du temps pour faire tout ça car lorsqu’on se tourne vers le présent, l’impression laissée est celle de n’avoir jamais abandonné tout cela pour vivre notre Big Baroude.

Nous sommes heureux d’avoir immortalisé cette aventure en écrivant ces quelques articles. Nous l’avions commencé comme notre journal de bord, beaucoup pour nous et un peu pour la famille et les amis et puis nous avons eu tellement de retours positifs, d’encouragements, venus d’un peu partout que la motivation d’écrire cette aventure s’en est trouvée décuplée. Alors, pour tous ces moments de fatigue et de lassitude où ouvrir l’ordinateur s’apparentait à l’ascension d’une pyramide, pour avoir voyagé un petit avec nous, et pour nous avoir donné le goût d’écrire encore, nous vous remercions du fond du coeur.

Bookmarquez le permalien.

8 Comments

  1. Tout est dit ! BRAVO pour l’avoir imaginé, réalisé et surtout partagé… A très bientôt dans le Lot !

  2. Triste que votre balade se termine mais content de vous revoir.
    Bravo les gars, vous l’aviez dit, vous l’avez fait ;-)
    Vous n’avez pas volé le titre de « BAROUDEUR ».
    Merci pour ces 11 mois de belles images, de belles histoires (on ne compte pas les galères).
    A très bientôt pour partager de vive voix.
    Fjm

  3. Une superbe aventure! Ce fut un plaisir de vous suivre tout au long de ce périple. BRAVO!

  4. Comme les autres, c est la larme à l oeil que je vous remercie de nous avoir fait vivre avec vous cette magnifique aventure ! Bravo les baroudeurs !

  5. merci à vous les agneaux, quand nous verrons-nous pour discuter tranquillement de tout ça? le temps passe si vite… des bises

  6. Merci beaucoup vous nous avez fait rêver pendant un an , par votre intermédiaire vous nous avez fait voyager, super baroude!!!!!! Vos rendez vous hebdomadaires me manquent déjà……… A bientôt

  7. J’ai suivi tous les articles du début à la fin sans pour autant laisser un commentaire mais là je suis obligée, vous m’avez tiré la larmichette. Bravo pour tous ces beaux articles accompagnés de magnifiques photos! Bonne continuation à tous les deux!

  8. je chiale…Merci les copains. fier de vous!

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